Le président Macron à Saint-Pétersbourg : et si la France proposait la levée des sanctions contre la Russie ?

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Ayant accepté l'invitation au Forum économique de Saint-Pétersbourg, Emmanuel Macron envoie un signal fort : la restauration du dialogue avec la Russie se fera notamment dans le domaine économique, où les sanctions restent un obstacle majeur.


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Nul doute qu'il s'agit là d'un symbole : selon le ministre russes des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, le président français Emmanuel Macron a accepté l'invitation de son homologue russe Vladimir Poutine à participer au Forum économique de Saint-Pétersbourg qui se tiendra du 24 au 26 mai prochain. S'il faut y voir un nouveau signe de la volonté partagée par Moscou et Paris d'améliorer la qualité du dialogue franco-russe en dépit de divergences importantes, ce déplacement du chef d'Etat français soulèvera indubitablement l'épineuse question des sanctions européennes contre la Russie, dont les Etats européens devront d'ailleurs décider la prolongation ou la levée à peine quelques semaines plus tard.

Le choix de l'événement à l'occasion duquel doit avoir lieu la visite d'Emmanuel Macron n'est donc pas anecdotique. Le Forum économique de Saint-Pétersbourg, créé en 1997, réunit chaque année plus de 10 000 personnalités du secteur économique et du milieu des affaires venues du monde entier. Si la visite de Vladimir Poutine à Versailles en mai 2017 avait tout d'un sommet diplomatique, celle d'Emmanuel Macron à Saint-Pétersbourg sera sans nul doute placée sous le signe de l'économie.

Les relations économiques franco-russes : un argument de poids en faveur d'un dégel

Si les tensions politiques peuvent tendre à le faire oublier, la coopération économique entre la France et la Russie est loin d'être en mauvais état. Après une période de net déclin, les échanges commerciaux entre les deux pays ont augmenté de près de 6% au cours du premier semestre 2016, passant à 6,9 milliards de dollars (6,1 milliards d'euros), selon le ministère russe du Développement économique russe. En 2016, la France était toujours le principal investisseur étranger en Russie avec 2 milliards de dollars en 2016, hors centres offshores (1,72 milliards d'euros).

Loin du ton parfois teinté d'hostilité que peuvent parfois adopter les responsables politiques français, comme lorsque Emmanuel Macron assurait que la France «ne partage[ait] pas les mêmes valeurs» que la Russie, les acteurs économiques français se montrent, eux, bien moins défiants. Auchan, premier employeur entièrement non-russe du pays, Renault, qui a recapitalisé AvtoVAZ, Thales, qui équipe l'avion MC-21, Leroy-Merlin, Sanofi... Nombreuses sont les entreprises françaises de premier plan présentes en Russie et ayant des intérêts stratégiques à y défendre.

Pour s'en convaincre, il suffit de rappeler que, mis à part ERDF, aucun grand groupe français ne s'est retiré de Russie après le vote des sanctions européennes en 2014 en réaction à la crise ukrainienne. Plus édifiant encore : le groupe énergétique Engie, majoritairement détenu par l'Etat français, a annoncé au printemps 2017 qu'il contribuerait au financement de Nord Stream 2, le projet de gazoduc du groupe russe Gazprom, avec l'aval de l'Etat français ; preuve que, face à la réalité économique, les dirigeants politiques savent garder la tête froide.

Vers une levée des sanctions ?

Nul doute qu'une levée des sanctions européennes à l'égard de la Russie ne se décidera pas grâce à la seule vitalité des échanges économiques franco-russes. Pour autant, le choix d'Emmanuel Macron de participer au Forum économique de Saint-Pétersbourg témoigne du fait que celui-ci mesure l'importance des enjeux économiques dans ce dossier. D'ailleurs,  lorsqu'il était ministre de l'Economie de François Hollande, en janvier 2016, Emmanuel Macron semblait estimer que la rationalité économique devait l'emporter sur les postures diplomatiques : il annonçait même une levée des sanctions avant l'été 2016...

Bien sûr, le costume de candidat, puis celui de président de la République, ont contraint Emmanuel Macron à faire quelques aménagements dans son discours. Néanmoins, le haussement de ton notable de Bruxelles à l'égard de Washington lors du vote des sanctions américaines contre la Russie en août dernier démontre que l'Europe est prête à aborder le sujet des sanctions de manière dépassionnée. «Nous sommes prêts : nous devons défendre nos intérêts économiques vis-à-vis des Etats-Unis et nous le ferons», a expliqué Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne. Au même moment, la ministre allemande de l'Economie allait jusqu'à affirmer que les sanctions américaines contre Moscou devaient appeler des contre-mesures de la part de l'Europe.

Certes, dans le cas des sanctions américaines, c'est avant tout l'impact éventuel de ces dernières sur les entreprises allemandes ou françaises qui était décrié. Mais la réaction unanime de Berlin, Bruxelles ou Paris témoigne d'un sensible changement de paradigme. L'UE semble désormais considérer qu'un désaccord avec un autre Etat ne peut s'exprimer en faisant fi de toute considération économique. Et puisque le principe même d'une sanction économique est d'avoir des répercussions économiques... alors peut-être les Etats européens prennent-ils conscience que les sanctions ne doivent plus être un outil de pression coûte que coûte... et que les intérêts économiques partagés peuvent être des éléments efficaces d'une relation diplomatique constructive ?

Participant au Forum économique de Saint-Pétersbourg en 2016, l'ancien président Nicolas Sarkozy avait déjà plaidé en faveur d'une levée des sanctions. Mais il semble plus difficile de soutenir cette idée une fois tenu aux obligations du pouvoir. Le président Macron se rappellera-t-il des volontés affichées lorsqu'il était ministre de l'Economie ? Le rôle de chef d'Etat lui impose de ne plus envisager le sujet des sanctions sous le seul aspect économique. Peut-être n'a-t-il pas les mains aussi libres qu'il le souhaiterait pour faire abstraction des autres paramètres. Considérée sous cet angle, l'éventualité d'un dégel et d'une prise de position en faveur de la levée des sanctions apparaît comme une décision nécessitant un certain courage politique. Reste à savoir dans quel mesure Emmanuel Macron saura en faire preuve, et s'il osera faire le premier pas.

Par : La rédaction Doc Jean-No® - avec | francais.rt.com (Photographie d'illustration : Archives )

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✎ Blogueur pro | « Éditorialiste » Concepteur - Rédacteur web J.N.W. Le Guillou (Direction) | direction.jeannoel.leguillou@docjeanno.fr | Membre 20 Minutes.fr

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