Gestion de crise : Allergie à la critique, LREM semble avoir oublié de dé-confiner sa culture démocratique

Les critiques de l’opposition sur la gestion de la crise par le gouvernement ont été mal reçues par l'exécutif. Stanislas Guerini, délégué général d’En Marche, a notamment qualifié l’opposition de "charognards de l’information". Pourquoi ce gouvernement accepte-t-il si mal les reproches de la part de

Gestion de crise : Allergie à la critique,  LREM semble avoir oublié de dé-confiner sa culture démocratique

Par : Christophe de Voogd - atlantico.fr

Atlantico.fr : Les critiques de l’opposition quant à la façon dont le gouvernement a géré la crise ont été mal reçues par ce dernier : Stanislas Guerini, délégué général d’En Marche, a qualifié l’opposition de « charognards de l’information » ; Elisabeth Borne a qualifié de honteux les reproches de Marine Le Pen sur les « aberrations » du déconfinement.

Pourquoi ce gouvernement accepte-t-il si mal les reproches de la part de l’opposition ? La vision de ce gouvernement de la démocratie est-elle propre aux partis centristes ?

Christophe de Voogd : Permettez-moi d’abord un réflexe d’historien : je n’ai jamais vu de parti au pouvoir, même dans les régimes démocratiques, et surtout en France, qui ait accepté aisément les reproches de l’opposition. Rappelez-vous le mot cinglant de de Gaulle sur « les politiciens au rencart » en 1968, et son Ministre de l’infirmation qui veillait au grain ; ou le « vous avez juridiquement tort parce que vous êtes politiquement minoritaires » d’un dignitaire socialiste en 1981 ; ou encore les sarcasmes de Nicolas Sarkozy à l’égard de la presse d’opposition. Le fait majoritaire de la Vème République, l’élection du Président au suffrage universel, puis l’inversion du calendrier électoral depuis 2002 ont conféré aux gagnants du suffrage une sorte de « surconfiance » en soi et la certitude de détenir la vérité. Plus lointainement, cela renvoie aussi au style intolérant du débat public qui nous caractérise depuis la Révolution, voire à la vérité de droit divin de la monarchie, appuyée sur l’exclusivisme catholique. Nous sommes en cela très différents de la tradition anglaise (et plus largement celle de l’Europe du Nord), où l’opposition a un statut quasi-légal et où ses droits sont respectés dans une approche délibérative de la décision publique.

Il reste que le Pouvoir actuel tranche avec ses prédécesseurs depuis la fin du gaullisme dans ses tentatives pour réduire la liberté d’expression. On l’a vu, bien avant la crise du Covid, avec le décret d’août 2017 (passé inaperçu) sur les propos discriminatoires dans l’espace privé, jusqu’à la récente Loi Avia, en passant par la loi sur les Fake News, ou encore l’idée inouïe d’ériger une sorte d’observatoire gouvernemental de vérification des informations. Et c’est plutôt sur ce point précis que j’interprète votre question sur la « démocratie », dont les libertés publiques ne forment qu’un aspect (décisif à mes yeux, car pilier de l’Etat de droit), à côté du suffrage universel et du respect de la minorité.

Est-ce dû à son positionnement « centriste », comme vous dites ? Je dirais plutôt « central », comme le montre le fameux « en même temps » et la coalition de forces originairement de gauche et de droite dans le macronisme. Les partis centristes partout en Europe sont plutôt des gardiens farouches de la liberté d’expression, comme ils l’ont été aussi en France. J’explique donc cette tentation de contrôler l’opinion, qui « travaille » le Pouvoir actuel, par trois éléments :

1/ Précisément cette alliance de la gauche et de la droite en son sein, qui fait que la culture politique apportée par ces deux courants est globalement peu propice aux libertés : regardez la quasi-unanimité à l’Assemblée pour voter en première lecture la Loi Avia. Le fait est accentué par le déséquilibre net dans la composition du groupe LaREM qui penche clairement à gauche et vient souvent du PS : or, pour la gauche - et c’est ce qui la définit fondamentalement - l’égalité prime sur la liberté. La résistance a fini par venir de la droite, à l’Assemblée et surtout au Sénat, mais une résistance bien tardive et largement tactique.
2/ la pression des groupes du politiquement correct, pour lesquels le pouvoir, au nom du « progressisme », a montré une certaine complaisance : minorités sexuelles, religieuses ou ethniques. Plus exactement, une complaisance à l’égard des lobbies activistes qui prétendent représenter ces minorités, souvent au grand dam de ces dernières. La loi Avia, qui vise à imposer aux réseaux sociaux ce politiquement correct, en est la traduction directe. A mes yeux, le progrès dans toutes nos institutions, des médias aux universités en passant par la culture, de ces lobbies clairement liberticides est l’un des facteurs les plus décisifs et le plus dangereux pour l’avenir des libertés publiques en France. Le pouvoir va-t-il poursuivre dans cette voie ? La scission qui s’annonce au sein de la REM avec le départ d’Aurélien Taché, l’un des phares de ce politiquement correct, va être, à cet égard, très importante à suivre.
3/le tempérament du Chef de l’Etat qui semble allergique à la critique, comme plusieurs de ses prédécesseurs. Nous retombons là sur les effets pervers de la personnalisation extrême du pouvoir sous la Vème république. L’omniprésente flatterie courtisane, héritage de la monarchie, qui règne autour de tous les présidents, fait le reste. C’est pourquoi, malgré un réel courage pour « aller au feu », courage qui le distingue, là, de nombre de ses prédécesseurs, Emmanuel Macron a vite fait de couper court aux objections et de monopoliser la parole, comme l’a vu lors du Grand débat ou des rencontres avec les Français.

En plus de l’allergie du gouvernement à la critique s’ajoute un manque de confiance à l’égard des citoyens. Le gouvernement français est-il en train de fomenter une crise au sein de la démocratie ?   LIRE L'ARTICLE COMPLET

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