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dimanche 10 mai 2020

«Nécessité vitale pour les catholiques» : l'offensive médiatique de l'Eglise contre le confinement des messes

Furieux de voir le gouvernement reporter la reprise des offices religieux au mois de juin, le clergé catholique s'est massivement mobilisé pour faire pression. Jusqu'à obtenir une concession d'Edouard Philippe, qui a avancé le retour des messes au 29 mai, à deux jours de Pentecôte.

 «Nécessité vitale pour les catholiques»  : l'offensive médiatique de l'Eglise contre le confinement des messes

Par : Hadrien Mathoux - marianne.net

Edouard Philippe a-t-il ouvert la boîte de Pandore des jérémiades cléricales ? Alors qu'il essuyait la colère des autorités catholiques pour avoir expliqué qu'il était imprudent d'autoriser la reprise des offices religieux avant le 2 juin, le Premier ministre a paru céder, en ouvrant la porte à une réouverture le 29 mai, soit l'avant-veille de Pentecôte. De quoi déclencher le courroux de la Grande mosquée de Paris, pourtant pas réputée pour sa radicalité, qui a fait savoir sa "stupéfaction" devant ce qu'elle estime être "un fait grave de discrimination manifeste". Le recteur de la Grande mosquée de Lyon, Kamel Kabtane, résume auprès du Monde : "Si la possibilité est offerte aux chrétiens et aux juifs, pourquoi ne pas permettre aux musulmans de fêter l’Aïd ?" Les porte-paroles de l'islam n'avaient jusqu'ici pas réclamé une ouverture des lieux de culte pour célébrer la fin du ramadan le 24 mai. Mais la volte-face du gouvernement les a poussés à hausser le ton. "En considérant la laïcité comme une variable d'ajustement et non comme un principe, on en arrive fatalement à cette surenchère" soupire Jean-Pierre Sakoun, président du Comité Laïcité République.

Les responsables catholiques ont en effet prouvé qu'un feu nourri de critiques pouvait faire vaciller la position de l'exécutif. Les tensions débutent réellement lors de l'audioconférence du 21 avril, qui réunit Emmanuel Macron, Christophe Castaner, ainsi que des représentants de cultes et d'obédiences maçonniques. Le président annonce alors qu'en raison de la situation sanitaire, une reprise des offices religieux le 11 mai est déraisonnable. A l'oral, il envisage la date du 11 juin. Flottement du côté des catholiques : les représentants de la Conférence des évêques, qui échangeaient depuis plusieurs jours avec le pouvoir politique et s'étaient déclarés prêts à mettre en oeuvre des mesures de prudence, ne s'attendaient visiblement pas à une reprise aussi lointaine. Emmanuel Macron recadre les protestations, assez fermement d'après plusieurs participants à la réunion, et insiste pour qu'aucun rassemblement religieux (pèlerinages, grandes fêtes) n'ait lieu avant la fin de l'été.

ARTILLERIE LOURDE

Le lobby clérical met alors en mouvement toute sa force de persuasion : certains espèrent avancer la date de la réouverture des messes à la Pentecôte, d'autres vont jusqu'à exiger un déconfinement religieux complet dès le 11 mai. Les "cathos" sortent l'artillerie lourde : communiqués offensifs, tribunes quasi-quotidiennes dans la presse, déclarations chocs. Mgr Matthieu Rougé, évêque de Nanterre et membre du conseil permanent de la Conférence des évêques, dénonce sur la chaîne KTO le "tropisme anticlérical en général et anticatholique en particulier" d'Emmanuel Macron (qui avait pourtant prononcé aux Bernardins un discours très favorable aux catholiques). Plusieurs évêques, soutenus par le site traditionaliste "Le Salon beige", expriment leur défiance : "On ne peut pas priver nos fidèles de la nourriture essentielle qu'est la grâce sacramentelle, estime Bernard Ginoux, évêque de Montauban. Donc nous les nourrirons." Mgr Marc Aillet, évêque du diocèse de Bayonne, estime que "la liberté de culte est essentielle à la vie sociale".

La presse conservatrice suit le mouvement : Valeurs actuelles appelle à "l'indispensable retour à la messe", estimant que le gouvernement "nie la dignité et la liberté" des citoyens catholiques. Le Figaro publie des articles à un rythme quotidien : entretien avec Philippe de Maistre, curé de la paroisse Saint-André de l'Europe, qui clame sa "fatigue" et son "exaspération" ; tribune de Guillaume Drago et Geoffroy de Vries, deux spécialistes de droit et figures de l'opposition au Mariage pour Tous, qui estiment qu'une suspension des cultes jusqu'à la mi-juin "serait inadmissible" ; relai de la colère des évêques, dont Mgr Michel Aupetit qui prévient "qu'obéissance n'est pas soumission" ; appel de cent-trente prêtres voulant qu'on leur laisse "reprendre pleinement [leur] service dès le 11 mai, (...) laisser sans tarder les croyants célébrer, prier et se rassembler".

La campagne communautaire, offensive et décomplexée, connaît toutefois un revers sérieux le 28 avril : à l'Assemblée nationale, Edouard Philippe déclare : "Je sais l'impatience des communautés religieuses, mais je crois qu'il est légitime de demander de ne pas organiser de cérémonies avant cette barrière du 2 juin." La Conférence des évêques de France (CEF), qui avait présenté un plan de déconfinement au gouvernement, tombe de haut, d'autant qu'elle prend connaissance de l'information en direct à la télévision, sans avoir été avertie au préalable. La CEF, d'habitude fort prudente, publie un communiqué bougon : elle indique "prendre acte avec regret de cette date qui est imposée aux catholiques et à toutes les religions de notre pays", mais "voit mal que la pratique ordinaire de la messe favorise la propagation du virus et gène le respect des gestes barrières plus que bien des activités qui reprendront bientôt". L'ouverture (pourtant progressive et très limitée) des écoles, des commerces et des transports publics suscite l'incompréhension des ecclésiastiques, qui apprécient mal d'être logés à la même enseigne que les restaurants, les cinémas ou les clubs sportifs. Des politiques prennent le relais : 67 parlementaires, parmi lesquels Bruno Retailleau, François-Xavier Bellamy ou Eric Woerth, tous membres du parti Les Républicains, demandent la reprise des messes à la Pentecôte dans une tribune publiée par Le Figaro.

Il faut croire que la "sainte colère" a en partie payé : le 5 mai au Sénat, Edouard Philippe annonce une évolution : "Si la situation sanitaire ne se dégrade pas au cours des premières semaines de levée du confinement, le gouvernement est prêt à étudier la possibilité que les offices religieux puissent reprendre à partir du 29 mai". Soit juste à temps pour que les catholiques fêtent Pentecôte, deux jours plus tard. Un argument religieux a-t-il été pris en compte par le gouvernement dans le choix d'avancer la réouverture, afin de ménager les catholiques ? Sollicitée, la Conférences évêques ne souhaite pas commenter la décision et indique "poursuivre le travail engagé avec le gouvernement dans la perspective du déconfinement". De son côté, le ministère de l'Intérieur, chargé des cultes, temporise quelque peu : on indique que "la réflexion est en cours sur une éventuelle anticipation de la date de reprise des offices" (laquelle reste suspendue à l'évolution de la situation sanitaire) et que le gouvernement entretient "un dialogue permanent avec l'ensemble des cultes" ; mais la place Beauvau reconnaît explicitement que "le souhait de reprendre plus rapidement les offices religieux émane du culte catholique"   LIRE L'ARTICLE COMPLET

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