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vendredi 3 juillet 2020

Et si on statufiait une esclave noire? Sainte Joséphine Bakhita, vendue par des Africains à des Arabes, libérée par des Européens!

Après Churchill, Baden-Powell, Roosevelt, Colbert ou encore Cervantès, les néo-iconoclastes compulsifs s’attaquent désormais aux saints : aux États-Unis, la statue de l’Espagnol Junípero Serra a été abattue, celle de Saint Louis sauvagement dégradée et taguée...

Et si on statufiait une esclave noire? Sainte Joséphine Bakhita, vendue par des Africains à des Arabes, libérée par des Européens!

Par : Gabrielle Cluzel - Ecrivain, journaliste | bvoltaire.fr

Le phénomène, crise identitaire faisant suite à la crise sanitaire, s’apparente lui aussi à une pandémie galopante à contagion très rapide : on ne sait quel obscur méfait ont commis ces saints ayant pansé toute leur vie les plaies des malheureux, mais eu égard à leur haute fonction dans la hiérarchie (céleste, car ici-bas, c’est loin d’être toujours le cas, mais allez leur expliquer cela…) de l’Église, ils étaient forcément de mèche avec cette « firme » de Blancs dominants. Tous responsables et tous coupables. Et si ce ne sont eux, ce sont donc leurs frères.

Le 20 juin, l’Espagne a demandé aux autorités américaines de protéger leur patrimoine commun. On doute fortement que la France en ait fait autant et on peut remercier la poignée de jeunes catholiques américains – les images ont beaucoup tourné sur les réseaux sociaux – qui ont sauvé l’honneur en allant frotter, lessiver, gratter pour effacer, sur le socle de Louis IX, les traces de l’outrage. La comparaison des deux scènes – d’un côté des hommes en noir, la tête rentrée dans la capuche qui éructent et détruisent, de l’autre des enfants sages à visage découvert qui réparent en chantant des cantiques – est du reste presque allégorique.

Les socles sont désormais vides. Qui mettre à leur place ? Un Noir, bien sûr. Une femme, idéalement. Une esclave libérée de ses chaînes serait évidemment parfait. On se gratte le menton. On cherche un nom.

Eurêka ! La Soudanaise Joséphine Bakhita (1869-1947) ! Mais c’est qu’il va falloir changer d’un coup tous les vieux logiciels.

Bakhita – sobriquet ironique signifiant « chance », en arabe, dont l’a affublée l’un de ses geôliers – a été capturée dans un village du Darfour par des marchands d’esclave africains à l’âge de 7 ans, elle a été « vendue comme esclave à un riche chef arabe qui l’a donnée en joujou à ses enfants sadiques. Rachetée par un Turc, elle est battue tous les jours. Enfin, libérée à 14 ans par le consul italien à Khartoum, elle panse ses plaies chez les Filles de la charité canossiennes, en ­Italie. Puis elle devient religieuse et s’occupe avec un dévouement sans commune mesure de milliers d’enfants orphelins recueillis dans l’institut des sœurs à Schio, en Italie. Touchées, celles-ci publient son histoire, Storia ­meravigliosa (« ­Histoire merveilleuse ») (Le Pèlerin).

Elle a été canonisée par Jean-Paul II en 2000. De la même façon que l’on trouve des chapelles Sainte-Jeanne-d’Arc ou Sainte-Thérèse-de-l’Enfant-Jésus au fin fond de l’Afrique, on trouve une église en Touraine, à Langeais – comme la duchesse du roman – dédiée à sainte Bakhita.

Plus que merveilleuse, son histoire est surtout audacieuse, périlleuse et même très enquiquineuse pour la légende dorée très binaire de Black Lives Matter : vendue par des Africains à des Arabes, libérée par des Italiens catholiques et hissée sur une stèle avec une auréole par l’Église, en haut, tout en haut – au-dessus, par exemple, d’Isabelle de France, sœur de Saint Louis, qui n’est « que » bienheureuse (si ça, ce n’est pas l’égalité !) – et, cerise sur le gâteau, il est d’usage de demander son intercession pour que cesse l’esclavage… moderne. Quoâ ? L’esclavage, ne serait pas l’apanage des « Blancs » de jadis et ce ...   LIRE L'ARTICLE COMPLET

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