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dimanche 30 août 2020

Ensauvagement de la France : la bataille des chiffres

Comme les Français, les chiffres ont la vie dure. Explosion des tentatives de meurtre, envolée des agressions… L'illusion sécuritaire craque de partout sous les assauts répétés d'une délinquance débridée. Pleins phares sur une réalité qu'on ne saurait voir.

Ensauvagement de la France : la bataille des chiffres

Par : Quentin Hoster | valeursactuelles.com

«Il n'est pire aveugle que celui qui ne veut pas voir. » Frappé de cécité sur son propre champ d'études, le sociologue de la délinquance Laurent Mucchielli serait bien éligible à ce proverbe d'inspiration christique. « Il n'y a pas plus de violences interpersonnelles dans la société d'aujourd'hui par rapport à celle d'il y a vingt ou trente ans », affirmait sur BFM TV, il y a peu, ce pourfendeur de l'“ensauvagement”, reliquat « d'extrême droite » , prétexte à 2022. Soyons franc-jeu : entre 2009 et 2019, la France métropolitaine a connu une hausse de 175 % des tentatives d'homicide. Depuis 1996, les constatations de coups et blessures ont bondi de 249 %, les viols, harcèlements, agressions et atteintes sexuelles, de 136,5 %. Dire que M. Mucchielli fait déshonneur à sa discipline serait-il plus éloigné de la réalité qu'il ne l'est lui-même ? Édifiantes, ces quelques tendances dégagées à partir de données publiques par l'agence de conseil en sécurité Lead Advisor traduisent une évidence que l'idéologie ne saurait voir : notre société est de plus en plus violente et agressive.

Que les profanes, disciples de M. Mucchielli, soient pardonnés : « À la hausse des attaques envers les personnes s'oppose une baisse des vols et des cambriolages qui […] peut ainsi laisser croire à une baisse de l'insécurité sur les vingt dernières années » , écrit Lead Advisor dans son rapport, injustement confidentiel. Publiés en toute discrétion, en début d'année, par le service statistique du ministère de l'Intérieur (SSMSI), les indicateurs de la délinquance tournent aussi au rouge vif pour la seule année 2019 : + 12 % de violences sexuelles en un an, + 8 % de coups et blessures volontaires, ou encore + 9 % d'homicides, qui avaient connu une importante régression ces dernières années. Ces chiffres conjugués aux tentatives de meurtre, il s'agit du pire bilan depuis 1972. Il y a deux ans, Beauvau livrait encore un autre chiffre éloquent : 956 agressions perpétrées, chaque jour, dans le pays.

Casser le thermomètre

À Paris, non loin du Champ-de-Mars, il est un organisme en pointe sur la traduction de l'ensauvagement, qui, bientôt, ne sera plus. L'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) n'a pas résisté aux coupes budgétaires aveugles. L'annonce de sa dissolution, l'an dernier, avait scandalisé les associations féministes avant les acteurs de la sécurité, Caroline De Haas en tête : « Plutôt que de faire disparaître les violences, le gouvernement supprime l'organisme qui les mesure. » On ne reverra pas de sitôt le criminologue Alain Bauer en accord avec la matriarche du collectif #NousToutes : « C'est un désastre pour la connaissance, la fiabilité, l'indépendance et la compréhension des réalités criminelles. Souvent, pour de mauvaises raisons, toujours comptables, on supprime les thermomètres. Cela fait rarement tomber la fièvre » , s'épanche l'ancien président du conseil d'orientation de l'ONDRP, auprès de Valeurs actuelles . Heureusement, il existe toujours l'enquête de “victimation”, “Cadre de vie et sécurité” (CVS), qui, depuis 2007, prend le pouls toujours plus vif des Français. Ce serait oublier que l'Insee, qui questionne chaque année 20 000 personnes pour en tirer l'état de santé sécuritaire du pays, s'en désengagera aussi, dès 2022.

En attendant leur passage dans l'oubli, ces baromètres offrent encore une myriade de chiffres insoupçonnés, à donner le tournis : 5,3 millions de personnes se déclaraient victimes d'injures en 2017 - de plus en plus sexistes et homophobes, de moins en moins racistes -, soit une hausse de 30 % en quatre ans. L'année suivante, 21 % des Français interrogés se disaient en insécurité dans leur quartier, 16 % d'entre eux jusque dans leur domicile, 17 % renonçant à sortir de chez eux. Partie émergée d'un iceberg insondable, l'étendue des statistiques est pourtant à peser, écrivaient les auteurs du rapport CVS, en 2017 : « En moyenne, entre 2014 et 2016, seulement un quart des victimes de violences physiques ont formellement déposé plainte. C'est donc autour d'un million de personnes (hors enfants) qui seraient victimes de violences physiques en France métropolitaine sur un an. »

Il y a une telle misère intellectuelle, une si faible réponse de l'État, des gamins déscolarisés et ingérables…

À l'implacable froideur des chiffres, Philippe* appose un quotidien mouvementé, qui leur fait prendre corps : « L'ensauvagement ? Pour moi qui suis sur le terrain, il est clair et net, il est véritable. Je sais les dangers que je prends et comment les gens se comportent face à nous. Ces violences, je les vis tous les jours. Il y a encore deux-trois ans, on ne voyait pas ça. » En poste dans une grande ville depuis quatorze ans, le policier témoigne d'une violence décomplexée envers les forces de l'ordre : « À chaque interpellation, désormais, il faut batailler, alors qu'avant, c'était de la simple rébellion. On fait gaffe car ils ont toujours quelque chose sur eux, ils sont prêts à passer à l'agression avec un couteau, un tournevis… » Dans sa banlieue parisienne, Thomas* met lui aussi en cause une délinquance débridée, mais surtout spécifique. Débarrassons-le des oripeaux de la bien-pensance : « Avant, nous avions des problèmes avec les mineurs des pays de l'Est, mais il n'y avait pas autant de défiance. Depuis cinq ou six ans, il y a ce qu'on appelle les “MIM”, mineurs isolés marocains. Toxicomanes, défoncés aux produits, ils cambriolent ce qu'ils peuvent, attaquent des personnes âgées. Ils sont livrés à eux-mêmes, dans des conditions déplorables d'hygiène et de dignité, ils n'ont aucune notion de la vie humaine et sont capables de faire le mal pour vivre. »

Autorité défiée, figures violentées

En poste à Paris, Pascal* a, lui, vécu la manifestation du 1er décembre 2018, sous l'Arc de triomphe. Durablement marqué par l'extrême violence des casseurs, venus en découdre lors de la manifestation des “gilets jaunes”, le policier ne reste pas moins frappé par l'animosité des “quartiers”. Il théorise : « Il y a une telle misère intellectuelle, une si faible réponse de l'État, des gamins déscolarisés et ingérables… C'est la démission totale des familles sur l'éducation, car déconnectées de notre culture, de notre langue, de notre République, du fonctionnement même de l'État. Tout cela, évidemment, est générateur d'ensauvagement. » Le refus de l'autorité s'accompagne alors, indéniablement, de l'assaut de ses représentants. En 2018, 20 306 policiers et gendarmes étaient blessés dans l'exercice de leurs fonctions, soit 55 par jour (+ 11 % en un an), un record depuis 2012. Les pompiers ne sont même plus épargnés : 3 411 étaient victimes d'une agression en intervention en 2018 (+ 21 % en un an, + 213 % en dix ans), ce qui a donné lieu à 1 424 journées d'arrêt de travail (+ 49 % en un an), et 450 de leurs véhicules étaient endommagés (+ 31 % en un an).

« Extension du domaine de l'ensauvagement » : la bonne formule du Figaro s'applique aussi, avec effroi, aux animaux, qui s'avèrent parfois moins sauvages que leurs tortionnaires humains. Depuis le début de cette année, 89 agressions canines ont été recensées en Seine-Saint-Denis, alors que le bilan culminait à 105 pour l'année 2019 entière. Dans le Val-de-Marne, on note une augmentation de 30 % de ces attaques, imputées à des chiens souvent dressés par les dealers pour sécuriser leurs trafics. La semaine dernière, un pur-sang était retrouvé égorgé à Lannion, dans les Côtes-d'Armor. Le quinzième acte de mutilation et de torture de cheval constaté ces dernières semaines. Horrifiée, la porte-parole de la Police nationale s'interrogeait : « Est-ce un rite satanique, de la fraude à l'assurance, la recherche de trophées macabres ou un défi Internet ? » Nous ne savons pas. Laurent Mucchielli non plus…  

*Les prénoms ont été modifiés.

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