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lundi 21 septembre 2020

Décès de Michael Lonsdale : le dernier pèlerinage d'un acteur-poète

Disparu à l’âge de 89 ans, Michael Lonsdale, au fil d’une très riche carrière, a marqué de son empreinte aussi bien le cinéma de la Nouvelle Vague que des rôles marqués par sa conversion au catholicisme. Adieu à un acteur poète qui semblait n’être là que pour nous donner des nouvelles d’un éternel ailleurs.

Décès de Michael Lonsdale : le dernier pèlerinage d'un acteur-poète

Par : Laurent Dandrieu | valeursactuelles.com

C’est l’une des voix les plus singulières du cinéma français qui vient de s’envoler. Singulière, évidemment, à cause de son timbre flûté, de ses intonations chantantes, de son phrasé qui semblait composé de petits sauts de cabris, ou faire des entrechats de funambule sur une corde raide, qui donnaient au plus insipide de ses rôles un cachet d’étrangeté savoureux. Etrangeté qui fit merveille quand il lui fallait, chez Truffaut (la Mariée était en noir, Baisers volés) ou chez Mocky (Snobs !, les Compagnons de la Marguerite, la Grande Lessive), incarner des bourgeois pas si paisibles qu’ils en avaient l’air ; mais aussi quand il s’agissait de composer un méchant d’une bonhomie inquiétante pour un James Bond (Moonraker) ; ou encore si l’on souhaitait faire échapper un personnage de moine à ce qu’il aurait pu avoir de trop éthéré (Des Hommes et des dieux).

Un rapport au monde poétique et distant, de celui qui sait depuis toujours que notre patrie réside dans les cieux

Mais la singularité de Michael Lonsdale ne se limitait évidemment pas à sa voix, ou plutôt celle-ci n’était que le symptôme d’une étrangeté fondamentale, d’un rapport au monde poétique et distant, le rapport de celui qui sait depuis toujours, parce qu’il l’a pressenti avant de le savoir, que la vraie vie est ailleurs, que notre patrie réside dans les cieux. A la fois complètement de ce monde et déjà résident de l’autre, Michael Lonsdale trimballait partout avec lui cet intrigant parfum d’ailleurs qui le rendait si attachant et si fascinant. Un ailleurs d’où il nous considère aujourd’hui, avec le petit sourire timide qui ne le quittait jamais, tout en contemplant Celui qui était depuis des années son seul souci : le Christ.

Deux fois nous l’avions rencontré pour l’interviewer, et les deux fois il nous avait reçu, assis à la même table du même café, juste au bas de l’appartement qu’il a occupé durant près de 70 ans, en face des Invalides… Preuve que l’on peut être homme d’habitudes sans être routinier, tant la vie et la carrière de Michael Lonsdale sont faites de curiosités multiples, d’expériences toujours diverses, de chemins de traverse empruntés toujours avec le même enthousiasme de défricheur.

Né à Paris en 1931, de père anglais et de mère française, il aimait à préciser que son prénom se prononçait à l’anglaise, « comme Michael Jackson ». Son parfait bilinguisme lui permettra d’ailleurs quelques incursions dans le cinéma anglo-saxon, chez Orson Welles (le Procès), James Bond donc, ou Steven Spielberg (Munich) : éclectisme toujours… Au fil d’une enfance nomade – Guernesey, Londres, Casablanca où il découvre le cinéma via Casablanca de Michael Curtiz ! ‒, il fait ses débuts de comédie dans des émissions enfantines diffusées sur Radio Maroc. Son premier rôle : le nain Atchoum…

Deux rencontres fondamentales

Revenu à Paris en 1947, il fait deux rencontres fondamentales : une aveugle qui lui parle de Dieu et le pousse vers le baptême catholique, à l’âge de 22 ans. Et Tania Balachova, qui le prend dans son cours d’art dramatique et, alors qu’il n’arrivait pas à fendre son armure de timidité, le force à la briser en le menaçant de le foutre à la porte. Devenu comédien, il joue au théâtre Beckett, Ionesco, Dürrenmatt, Pirandello, et au cinéma alterne Orson Welles et Darry Cowl, Joseph Losey (M. Klein) et De Funès (Hibernatus), Truffaut et marguerite Duras (India Song). Beaucoup de rôles de flics, de bourgeois faussement placides, mais aussi Louis XVI (Jefferson à Paris de James Ivory), d’innombrables rôles de prêtres, sans compter un pape, l’archange Gabriel et Dieu lui-même, auquel il prête sa voix.

S’il multiplie les rôles, c’est qu’un comédien, ne sachant jamais de quoi demain sera fait, ne boude pas le succès ; mais c’est aussi qu’il doit subvenir aux besoins de sa mère paralysée. Quand elle décède, alors qu’il est dans sa quarantaine, Michael Lonsdale traverse un désert de désespoir : « Je me retrouvais comme une sacoche vide, nous avait-il confié, je pensais à me supprimer. J’ai quand même eu la force de prier : “Seigneur, sauve-moi !” La réponse a été immédiate parce que le lendemain, mon parrain est venu et m’a emmené à Saint-François-Xavier », où se tenait un rassemblement de prière du Renouveau charismatique. Michael Lonsdale sort de sa « vie de chrétien tiède » et se met à la disposition du Seigneur. Il fait un peu d’évangélisation de rue, mais surtout Dominique Rey, futur évêque de Fréjus-Toulon, lui propose de mettre en scène les Récits d’un pèlerin russe. Suivront des spectacles sur sainte Thérèse de Lisieux, saint François d’assise, ou Charles Péguy et son Mystère de la charité de Jeanne d’Arc : « J’avais envie de faire connaître la sainteté. Il faut évangéliser, je le fais en faisant ce que je sais faire. » Et si un seul spectateur voit son âme secouée par ce qu’il entendue, cela suffit au bonheur de Michael Lonsdale : « Ça s’apprend, la générosité, et le partage, et le souci du prochain. Mais il faut qu’on vous en parle. […] Quand j’avais monté mon spectacle sur sainte Thérèse, il y avait une jeune femme qui hésitait beaucoup à devenir carmélite. Et il paraît qu’elle a dit, après avoir vu le spectacle : ça y est, j’ai compris, je vais y aller. Rien que pour cela, ça valait la peine de le faire. »

Il ne renonce pas à sa carrière d’acteur pour autant, tourne chez James Ivory (les Vestiges du jour), Sautet (Nelly et M. Arnaud), Podalydès (le Mystère de la chambre jaune et le Parfum de la dame en noir), et incarne même un savoureux double d’Eric Rohmer dans le délicieux Maestro. Sans oublier ce qui est devenu pour lui l’unique essentiel, ce désir de Dieu qu’il exprime dans une incessante prière, jusque sur scène, durant les tirades de ses partenaires, comme il nous l’avait confié en conclusion du dernier entretien que nous avions eu avec lui, en 2014 : « Ça peut venir n’importe où, il n’y a même pas à dire “Maintenant je vais prier”, ça surgit comme un vent qui déboule. Ça me donne de la joie ; j’éclate de bonheur à l’idée de penser que Dieu nous aime. » Aujourd’hui, le funambule Lonsdale est tombé du côté où il penchait depuis des années, du côté de l’éternité, et il s’y sent, sans doute, aimé comme jamais…   LIRE L'ARTICLE COMPLET

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