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dimanche 6 septembre 2020

Société : L'ensauvagement et la terrible tentation de l'autodéfense

Réseaux d'entraide, applications, armement, techniques de combat… De plus en plus de Français organisent leur propre défense, que l'État peine à assurer.

Société : L'ensauvagement et la terrible tentation de l'autodéfense

Par : Quentin Hoster | valeursactuelles.com

Les habitants en ont ras le bol, on a peur qu'un citoyen se rebelle, prenne un fusil et qu'une guerre urbaine éclate. À Palavas-les-Flots, Jean-Michel défile aux côtés de 400 habitants excédés. Contre les bars à chicha à ciel ouvert dans le sable, contre les tirs de mortier, les insultes, les agressions de serveuses, qui rentrent, la nuit, la boule au ventre. Ils entonnent l'hymne provençal « contre les coups de couteau et les agressions à la barre de fer », alors que les autorités sont sous l'eau. Contre la racaille, les honnêtes gens contre-attaquent. Ici en manifestant, là en se préparant. À Bordeaux, et ses - au bas mot - 65 blessés, dont 32 par arme blanche, en trois mois, le phénomène est flagrant. Les cours d'arts martiaux, certains réservés aux femmes, se multiplient et saturent déjà. Au cœur de l'été, le club SP Team a enregistré 100 inscrites à ses cours de grappling (une technique de soumission de l'adversaire) dès les premiers jours de son ouverture, et a dû en refuser le double. « C'est à force de voir les articles , confie une participante. Depuis le déconfinement, on a l'impression que les gens partent en vrille. Et on se dit que ça n'arrive pas qu'aux autres. » Les chiffres sont éloquents. Depuis 2016, la Fédération française de karaté enregistre un bond de 17 % de ses licenciés en kravmaga, avec 17 362 inscrits. La discipline, héritée des services secrets israéliens, est redoutable. « On apprend à viser toutes les parties, dès 11 ans », expose un moniteur.

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Bombes lacrymos et Tasers plébiscités

Corrélé au bouillonnement de l'actualité, le marché de l'armement personnel “grand public” connaît lui aussi un essor significatif, mais en dents de scie. Au lendemain des attentats de 2015, la société SD-Équipements enregistrait un bond de 350 à 400 % de ses ventes en matériel de sécurité, avant que le soufflé ne retombe, en quelques jours. Une fébrilité qui se vérifie encore aujourd'hui. Au début du confinement, un des leaders en ligne du domaine, Antiagression.com, observait un gain de 20 à 30 % de ses ventes en deux semaines. Depuis un an, la société a écoulé environ 8 000 shockers à impulsions électriques et 2 500 matraques télescopiques, sur un marché en progression de 20 % en quatre ans. Bombes lacrymogènes, poings américains, pistolets d'alarme ou Tasers… Face à une demande en constante hausse, de nombreux sites se mettent même à développer une gamme de produits originaux. Il n'est pas difficile de se procurer un shocker intégré dans une e-cigarette, un rouge à lèvres ou un smartphone, pour quelques dizaines d'euros. Sur le port de ces “gadgets” répulsifs, la législation est néanmoins stricte. Classés, pour la plupart, en catégorie D, ces équipements sont en acquisition libre mais leur transport et leur utilisation, restreints, doivent pouvoir être justifiés en extérieur.

« S'il y avait eu quelques personnes armées et formées à la manipulation des armes au Bataclan, elles auraient pu immédiatement riposter et sauver un nombre incalculable de vies. » Guillaume Lorans veut, lui, franchir un palier supplémentaire. Depuis 2016, ce pilote de ligne milite au sein de l'Arpac (Association pour le rétablissement du port d'arme citoyen), qui, à grand renfort de visuels impactants et de faits divers accablants, connaît un regain d'attention sur les réseaux sociaux. Fort de 45 000 abonnés sur la page Facebook de l'Arpac, le double d'il y a quatre ans, le jeune homme se plaît à évoquer l'anecdote, presque confidentielle : Charb, feu le dessinateur de Charlie, était un tireur sportif à qui l'on aurait refusé une demande d'autorisation de port d'arme…

Réseaux d'entraide virtuels

Désormais, l'autodéfense est aussi collective… et virtuelle. Fin juillet, l'application d'entraide “ Street Alert” est lancée. Le succès est fulgurant : 5 000 téléchargements en deux semaines. Alexis Dessard, le fondateur de la société éditrice de l'app, explique : « Nous sommes tous munis d'un GPS : je me suis dit qu'une application permettant de partager sa position en cas de danger auprès d'autres utilisateurs permettrait de dissuader d'éventuels malfaiteurs ou agresseurs. » Complémentaire, l'application “Garde ton corps”, lancée à Aix-en-Provence en mars dernier et déployée depuis dans toute la France, vise à étendre son réseau de “safe places” . Destiné aux femmes se sentant en danger dans la rue, le dispositif indique une poignée d'établissements partenaires (restaurants, hôtels, bars, etc.) alentour, où se réfugier en cas de danger.

À Bordeaux, toujours, Bryan Satterfield est un agent de sécurité concerné par l'ensauvagement de sa ville. À tel point qu'il a proposé au maire, cet été, la création d'un groupe de sûreté privé, afin d'épauler les forces de l'ordre dépassées. L'initiative, audacieuse, aurait de quoi effrayer Xavier Bertrand, qui disait son angoisse au micro de Jean-Jacques Bourdin : « Il y a de la peur, il y a du repli sur soi, et il y aura aussi, si on ne fait pas attention, de l'autodéfense, ça, c'est la fin de la République, c'est la fin de l'État et c'est la fin de ce qui fait nation. » Nous y sommes déjà …   LIRE L'ARTICLE COMPLET

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