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jeudi 24 septembre 2020

VIDEO - Marion Maréchal : «Il faut peut-être se défaire de l’idée de l’homme providentiel...!»

Marion Maréchal répond aux questions de Boulevard Voltaire sur le centre d’analyse et de prospective que lance l’ISSEP (Institut de sciences sociales, économiques et politiques qu’elle a fondé en 2018), la situation politique et le cap à tenir, la présidentielle de 2022 et l’avenir de la droite.

Marion Maréchal : « Il faut peut-être se défaire de l’idée de l’homme providentiel »

Par : Marion Maréchal | bvoltaire.fr

Vous avez fondé le Centre d’Analyse Prospective. Quel est le but de ce think tank ?

Un laboratoire d’idée comme on dirait en français. L’idée est de développer le pôle recherche de l’ISSEP qui a déjà un pôle formation avec la formation continue et le magistère, de contribuer au débat d’idée public et politique en s’emparant de sujets qui, selon moi, de manière très discrétionnaire, sont peu ou mal exploités. L’originalité de ce laboratoire d’idée viendra moins sur le modèle. On peut retrouver des grands think tank aujourd’hui, que ce soit l’institut Montaigne, l’IFRAP ou autre. Cette originalité viendra plutôt des sujets dont on s’emparera et des contributeurs qui seront associés.

Ce think tank a été lancé notamment parce que vous avez fait le constat que les partis politiques sont un modèle sans doute dépassé. On l’a vu récemment avec la République En Marche qui a perdu ses différents cadres comme si finalement ce parti était une espèce de kit jetable donné à Emmanuel Macron le temps de se faire élire. Maintenant, il ne sert plus à rien…

Je fais un constat que tout le monde voit. On assiste au dépassement des partis politiques, dont Emmanuel Macron était l’un des symptômes et non pas un catalyseur en tant que tel. D’ailleurs, je tiens à dire que je le déplore. Je pense que la démocratie représentative ne peut pas fonctionner sans des partis politiques structurés. On peut reconnaître aux partis politiques des défauts, des vices ou des limites, mais ils sont aussi indispensables au bon jeu démocratique. Évidemment, ils coordonnent, ils organisent, ils permettent l’organisation et la clarification de ce débat intellectuel en les incarnant. Je ne suis donc pas sûre que c’est une très bonne nouvelle, mais c’est un état de fait.
Aujourd’hui, les partis politiques sont en perte de vitesse ; cela tient aussi à la génération. L’esprit militant s’en est allé. On passe d’une jeunesse des années 60, 70, 80, une jeunesse très idéologisée dans le bon ou mauvais sens du terme. On rêvait de communisme, de libéralisme, d’Europe, de Gaulle, qu’importe. Aujourd’hui, on voit que les grandes idéologies sont mortes et les rêves sont difficiles à trouver. Par conséquent, les structures intellectuelles sont difficiles à voir émerger. Sur toutes ces difficultés, il est intéressant d’avoir des structures libres apartisanes telles que le centre d’analyse et de prospective de l’ISSEP. Il émerge et donc compense d’une certaine manière ce manque avec l’avantage de pouvoir associer des personnes, des intellectuels, des spécialistes, des praticiens qui viennent d’horizons très variés et qui ne sont pas enfermés dans une posture doctrinale.



Comment réintéresser les gens à la vie politique et au bien supérieur qui soit autre que l’expression des désirs de ces minorités ?

Je ne vais pas avoir la réponse à moi toute seule avec le CAP de l’ISSEP ou avec l’ISSEP, même si on essaie d’y contribuer. Derrière, il y a d’autres questions qui se posent. À travers le think tank, on peut aussi poser la question des institutions qui est au cœur des débats. On parle beaucoup de proportionnelle aujourd’hui. Je suis plutôt attachée à l’idée d’un mode de scrutin majoritaire à un tour qui m’apparaîtrait plus intéressant que la proportionnelle qui réinstalle la prédominance des partis dans le jeu électoral. On peut être provocateur et dire aujourd’hui : est-ce que la Ve est encore un système adapté ? La Ve République est un système qui n’existe en Europe qu’en France. Aujourd’hui, il n’y a plus de pouvoir tampon entre le Président et le peuple. Le Sénat n’existe pas, l’Assemblée n’existe pas, le gouvernement existe très peu, le Premier ministre existe encore moins. Tout cela fait que le président de la République porte la charge politique, positive ou négative, seul face au peuple. C’est très séduisant symboliquement, c’est l’héritage de la monarchie et de De Gaulle. Je ne nie pas tout cela, mais lorsque vous avez deux chaînes de télévision que vous contrôlez à moitié, cela peut fonctionner. En revanche, à l’heure des réseaux sociaux, nécessairement au bout de six mois d’exercice de pouvoir, cette charge politique est peut-être trop lourde à porter. Contribue-t-elle à la bonne représentation des corps intermédiaires et des territoires ? Je n’en suis pas tout à fait convaincue.
Après les différents bidouillages constitutionnels, on a à la fois un pouvoir exécutif extrêmement fort, peut-être le plus fort qui existe dans les démocraties et en même temps, terriblement impuissant ! On voit l’incapacité à faire se mouvoir ce pays et engager des réformes structurelles.

Vous avez fait le tour des médias cette semaine. Parmi tout ce que vous avez dit, une chose revenait régulièrement. Dès que vous revenez dans les médias, vous actez le « décès » des Républicains.
Cette droite qui s’est fait un peu avaler par Emmanuel Macron a-t-elle encore de l’avenir dans ce pays ? Où la droite aurait-elle de l’avenir ?

Je ne sais pas si je viens acter le décès des Républicains, mais je fais le constat que Christian Estrosi donne un coup de pied dans la fourmilière et accélère un processus de décomposition que tout le monde peut voir depuis des années. Ce qui va manifestement se profiler c’est qu’entre la perspective pour les LR de faire 12 ou 13 % et la perspective de rallier le pouvoir en place et éventuellement sauver des circonscriptions voire obtenir des sous-secrétariats d’État je ne sais où, vous avez malheureusement une partie non négligeable des élus nationaux, sénateurs ou députés qui rejoindront Emmanuel Macron. Reste à savoir comment va s’organiser cette partie restante de LR qui, à mon avis, est non négligeable au niveau local et qui existe aussi en partie au niveau national face à ce phénomène. Cela pourrait peut-être contribuer à un déblocage de ce cordon sanitaire ou en tout cas, faire bouger les lignes. Je n’ai pas la réponse et je ne suis pas LR. Après, vous connaissez ma position depuis longtemps là-dessus. J’aurais aimé depuis longtemps déjà, que la droite sorte de cette espèce de posture morale du cordon sanitaire pour créer des coalitions, au cas par cas, intelligentes, et donc ne plus se retrouver la victime collatérale des majorités d’union de la gauche que l’on voit s’exercer à tous les niveaux…   LIRE L'ARTICLE COMPLET

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