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vendredi 23 octobre 2020

Des responsables musulmans appellent à un sursaut : “On a encore plus de retard qu'en 2015”

Partager l'article sur Twitter Vendredi 16 octobre, Samuel Paty, professeur d'histoire-géographie, a été assassiné pour avoir montré des caricatures du prophète Mahomet à ses élèves. Imams et historiens rappellent que la caricature n'est en rien une interdiction religieuse édictée par le coran, mais bel et bien par les islamistes intégristes.

Des responsables musulmans appellent à un sursaut : “ On a encore plus de retard qu'en 2015 ”

Par : Célia Cuordifede | marianne.net

Chaque jour, le discours qu'il tient met sa vie en danger. Hassen Chalghoumi, imam de Drancy, le dit sans ambages, il milite pour un "islam des Lumières", contre l'intégrisme. C'est à ce titre qu'il est sous protection policière 24 heures sur 24 depuis près de douze ans. Cibles de menaces récurrentes de la part d’islamistes radicaux, les membres de sa famille se sont expatriés à l'étranger, changeant d'identité. "Si je n'étais pas protégé, il me serait arrivé la même chose qu'à Samuel Paty depuis bien longtemps", lâche l'imam. "La violence doit cesser, ce n'est pas ce que prône l'islam", poursuit-il. Soutien indéfectible de Charlie depuis 2006, Hassen Chalghoumi appelle les musulmans au sursaut face à la "barbarie de l'islamisme radical". Plusieurs imams, recteurs de mosquée et historiens se placent sur la même ligne. Ils demandent aux musulmans d'"ignorer les caricatures" et de respecter la liberté d'expression ainsi que de "blasphème".

Vendredi 16 octobre, Samuel Paty, professeur d'Histoire-géographie dans un collège des Yvelines est mort. Mort pour avoir enseigné la liberté d'expression et celle de critiquer une religion. Il avait osé montrer des caricatures du prophète Mahomet dessinées par les journalistes de Charlie Hebdo, eux-mêmes visés par un attentat meurtrier le 7 janvier 2015. Eux avaient osé dessiner un prophète, se moquer d'une religion.

"APPEL AUX MUSULMANS POUR LA PUBLICATION DES CARICATURES"

"Beaucoup de musulmans pensent qu'il est interdit de dessiner le prophète. Ce n'est pas vrai", fulmine Nasser Ferradj, fondateur du collectif des musulmans progressistes et laïques. "J'ai publié à plusieurs reprises des représentations du prophète qui démontrent clairement qu'il ne s'agit pas d’une interdiction religieuse édictée par le Coran, mais d'une interdiction récente prônée par les islamistes".

Le théologien Mohammed Bajarfil abonde dans le même sens. "Coraniquement parlant, il n’est écrit nulle part que celui qui caricature ou insulte le prophète doit être tué". D'après le théologien, le prophète Mahomet est à de nombreuses reprises, insulté, vilipendé ou encore "traité de fou" dans le livre sacré. "Il n'a pourtant jamais été question de glaives ou de kalachnikovs", tranche-t-il. Mohammed Bajarfil évoque bien le droit musulman (aussi connu sous le nom de la Charia), mais rappelle que ce dernier a été élaboré plusieurs siècles en arrière dans un contexte d'empire et de société bien éloignée de celle du XXIème siècle. "Dans ce droit musulman, une jurisprudence selon laquelle toute personne qui insulte le prophète mérite d'être tuée est belle est bien développée", rapporte-t-il. Et d'ajouter : "Ces décisions émanaient davantage de sorte de tribunaux que de décision individuelle", souligne le théologien.

"Beaucoup de musulmans pensent qu'il est interdit de dessiner le prophète. Ce n'est pas vrai", fulmine Nasser Ferradj, fondateur du collectif des musulmans progressistes et laïques.

Outre le débat religieux sur le sujet des caricatures, le recteur de la mosquée de Bordeaux Tareq Oubrou, rappelle que si l'islam "interdit le blasphème aux croyants", "nous vivons tous dans un Etat de droit". Pour le recteur de mosquée bordelais, il est nécessaire que les musulmans défendent cette liberté de critiquer la religion, de s'exprimer. "La liberté de blasphémer nous permet celle de croire en notre religion", explique-t-il. C'est d'ailleurs en ce sens que Nasser Ferradj, le fondateur du collectif des musulmans progressistes et laïques invite les fidèles de l'islam de France à publier des caricatures ou des représentations du prophète. "Pas forcément celle de Charlie s'ils ne les aiment pas, mais peut-être celles issues du monde Ottoman", précise-t-il.

NÉCESSITÉ DE "CONTRER" LE DISCOURS ISLAMISTE

Au-delà de l'appréciation, il faudra peut-être de la pédagogie et avec, du temps avant qu'une majorité de musulmans ne se décident à publier des dessins ou caricatures de leur prophète. A l'occasion de l'ouverture du procès des complices de l'attentat du 7 janvier 2015, où 12 personnes ont été assassinées, la rédaction de Charlie Hebdo a fait le choix de republier les caricatures début septembre ("Tout ça pour ça"). D'après un sondage Ifop commandé par l'hebdomadaire lui-même, et publié en en septembre dernier, 69% des sondés musulmans et 47% des moins de 25 ans considèrent que cette republication est une "provocation inutile". Toujours dans le même sondage, à la question : "En général, faites-vous passer vos convictions religieuses avant les valeurs de la […]   LIRE L'ARTICLE COMPLET



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