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dimanche 4 octobre 2020

Histoire : Quand des musulmans flirtaient avec le nazisme

L'historien Xavier Bougarel retrace l'histoire de la division Waffen-SS musulmane de Bosnie et s'effraie de sa propre audace, dans un essai passionnant.

Histoire : Quand des musulmans flirtaient avec le nazisme

Par : Olivier Maulin | valeursactuelles.com

Depuis la guerre qui a ensanglanté la Bosnie-Herzégovine entre 1992 et 1995, la mémoire de la division Handschar hante les Balkans. Les Serbes n'ont jamais compris la volonté occidentale de nier les liens affectifs, sinon idéologiques, d'une partie des combattants musulmans avec cette division de la Waffen-SS à laquelle leurs pères avaient adhéré, un demi-siècle plus tôt. Ils n'ont jamais compris cette fascination pour le “démocrate” Alija Izetbegović, qui avait commencé sa carrière, en 1943, en militant dans l'organisation des Jeunes Musulmans, proche du régime oustachi et de l'occupant allemand, et qui, en 1972, avait publié des extraits de sa fameuse “Déclaration islamique” dans un journal tenu par l'ancien imam SS Husein Dozo.

C'est à cet autre “passé qui ne passe pas” que s'est intéressé l'historien Xavier Bougarel, spécialiste des Balkans, dans un livre très documenté issu de ses recherches dans plusieurs fonds d'archives et d'entretiens avec des vétérans Waffen-SS de Bosnie. Il en ressort un livre passionnant pour la qualité des informations qu'il livre sur l'histoire de la division Handschar, bien sûr, mais plus généralement sur le déroulement incroyablement complexe du conflit mondial en Europe du Sud-Est, où les “guerres dans la guerre” et les changements d'alliance sur le terrain lui donnent des caractéristiques très éloignées des fronts européen et russe.

Aux origines de la division 

C'est par un décret signé par Adolf Hitler qu'est créée la 13e division Waffen-SS, le 10 février 1943, qui prendra en mai 1944 le nom de “Handschar” (“Poignard”). La Yougoslavie avait capitulé le 17 avril 1941 et avait été démantelée au profit de ses voisins. La Serbie était réduite à un protectorat militaire et un État indépendant de Croatie était créé, dirigé par Ante Pavelić, qui comprenait les territoires actuels de la Croatie et de la Bosnie-Herzégovine. Dès l'été 1941, les Oustachis commettaient des massacres contre les juifs et les Serbes, ces derniers représentant un peu plus de 30 % de la population du nouvel État. Des soulèvements spontanés eurent lieu en réponse aux exactions, qui se structurèrent bientôt en deux mouvements de résistance : les partisans communistes et le mouvement tchetnik, des nationalistes serbes fidèles au roi Pierre de Yougoslavie. Le jeune État croate perdait le contrôle d'une partie de son territoire, notamment la Bosnie du Nord-Est, que la 13e division sera précisément chargée de “nettoyer”.

La défaite allemande à Stalingrad et la capitulation italienne donnèrent de l'ardeur aux partisans qui virent de plus en plus de Croates et de musulmans passer de leur côté. L'armée régulière croate étant affaiblie, les Allemands se retrouvèrent en première ligne dans la lutte anti-partisans et il n'était pas question de retirer des hommes des autres fronts : ils décidèrent donc de créer une division Waffen-SS “locale” formée de volontaires, même si une part de ces “volontaires”, comme en Alsace-Moselle, seront en fait enrôlés de force. Cette division, constituée de 21 065 hommes en décembre 1943, encadrée principalement par des officiers allemands, partit s'entraîner en France (à Villefranche-de-Rouergue, où eut lieu une mutinerie) puis en Allemagne, avant de revenir en Bosnie en mars 1944, où elle commit des massacres sur les juifs rescapés des persécutions oustachies et les civils serbes.

La décision de créer cette division Waffen-SS musulmane est donc circonstancielle. Elle obéit cependant également à une double fascination : celle de Hitler et de Himmler pour l'islam, religion guerrière qu'ils opposaient à la supposée mollesse du christianisme ; celle également d'une partie des élites musulmanes pour le nazisme et le Führer dans lequel Amin al-Husseini n'hésitait pas à voir un “second prophète”. Installé à Berlin dès 1941, le mufti de Jérusalem partageait le point de vue de Hitler selon lequel « l'Allemagne et les Arabes ont les mêmes ennemis, les Anglais et les bolcheviks, […] derrière lesquels se cache la domination juive ». Lié à des notables de Bosnie, il n'a eu de cesse d'œuvrer au rapprochement de l'islam et du nazisme, dont la 13e division lui paraissait être « le premier exemple concret de coopération germano-musulmane ».

Une histoire qui dérange

C'est peu dire que cette histoire dérange. Elle fait vaciller notre bonne conscience issue de la décolonisation, qui considère les musulmans comme des victimes de toute éternité. Le site Slate, d'ordinaire sans concession pour les “collabos” de tout poil, écrivait récemment à propos de ce livre : « Si une partie des responsables musulmans de Bosnie répond favorablement [à la création de la division], la collaboration des musulmans de Bosnie demeure relativement réduite et le nombre de volontaires dans la SS est faible, un peu plus de 20 000 hommes y ont participé. » Faible ? On se frotte les yeux. La population musulmane de Bosnie était de 1,5 million d'habitants en 1943. À titre de comparaison, environ 8 500 Français se sont engagés dans la Waffen-SS pour une population de 40 millions d'habitants !

L'auteur, lui-même, n'échappe pas à une forme de schizophrénie. En historien scrupuleux, il met tous les documents sur la table, mais ne peut s'empêcher de les relativiser. Les Jeunes Musulmans louent Adolf Hitler dans un meeting ? « Il ne faut pas accorder trop d'importance à cet événement. » L'anti-sémitisme ? Celui des officiers allemands ne fait pas de doute, mais « il n'est pas susceptible d'expliquer les choix politiques » des imams participant activement au recrutement. Les massacres commis par la troupe ? « Sous la contrainte », selon les témoignages des anciens Waffen-SS musulmans après la guerre. (Pouvaient-ils dire autre chose ?)

L'impression qui se dégage est donc celle de Waffen-SS musulmans qui se sont engagés pour des raisons essentiellement matérielles, qui ont déserté dès qu'ils l'ont pu et dont il est permis de penser qu'ils n'ont jamais adhéré à l'idéologie nazie. L'auteur finit du reste par exagérer quand il rappelle en conclusion que des musulmans de Croatie ont créé, en 1991, une “division Handzar” et qu'il ajoute que « ce choix relève plus de la provocation guerrière que d'une réelle volonté de renouer avec la tradition de la Waffen-SS ». Une mansuétude pour le moins étonnante, dont on craint, hélas, d'avoir saisi les ressorts intimes…   LIRE L'ARTICLE COMPLET



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