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samedi 31 octobre 2020

Pascal Bruckner : « Une partie des élites blanches est prête à s'offrir en autoflagellation. »

Sous prétexte d'antiracisme, notre époque voit le retour aux obsessions raciales des années trente, alerte le philosophe Pascal Bruckner. Entretien.

Pascal Bruckner : « Une partie des élites blanches est prête à s'offrir en autoflagellation. »

Par : Anne-Laure Debaecker | valeursactuelles.com

Ils seraient colonisateurs, violeurs, dominateurs, racistes, voleurs et, cerise sur le gâteau, destructeurs de l'environnement. Désormais, les hommes “ blancs ” sont « criminels sans le savoir, par le simple fait d'être venus sur cette terre » et ainsi, pour eux, « exister, c'est d'abord expier » . Dans un ouvrage fouillé, Pascal Bruckner se penche sur la fabrication de ces nouveaux parias. Le philosophe et écrivain dénonce comment un racisme nouveau, focalisé sur l'épiderme, est entrain de sévir, porté par la « Sainte Trinité de l'incrimination » , le néoféminisme, l'antiracisme et le décolonialisme. Depuis plus de quarante ans, l'intellectuel étudie ces phénomènes importés des États-Unis, qui font imploser l'idée d'une humanité commune et unie. « Un cauchemar identitaire » que l'on découvre à travers de nombreuses illustrations et analyses, qui appellent à un sursaut salvateur.

Vous étiez l'un des premiers à alerter, en 1983 puis en 2006, sur la haine de soi occidentale. Quelle évolution depuis ? Avons-nous franchi un nouveau cap ?

Il s'agit d'une continuité aggravée. En 1983, le tiers-mondisme portait sur des structures politiques : on dénonçait l'impérialisme ou le néocolonialisme. Aujourd'hui, on ne prend plus ces précautions, on réduit le mal à la simple couleur de peau. Depuis une dizaine d'années, nous sommes parasités par une vision américaine de l'oppression, qui n'est plus liée à des structures économiques ou politiques, mais simplement à l'épiderme.

Cette focalisation sur la couleur de peau est due à l'effondrement de la gauche classique. Le communisme est mort et la social-démocratie est en mauvais état. On a alors remplacé la lutte des classes sociales par le combat sur la race, le genre et l'identité. Les minorités remplacent la classe ouvrière, c'est l'un des changements majeurs. Celui-ci provient directement des États-Unis via la France, puisque celle-ci y a exporté, dans les années soixante-dix, quelques-uns des philosophes les plus en vue de la French Theory, les déconstructionnistes Foucault, Derrida, Deleuze. Et les États-Unis nous les renvoient sous forme de théories féministes, antiracistes ou décoloniales : c'est une opération d'import-export parfaitement réussie.

Pourquoi, justement, l'homme blanc est-il ainsi désigné comme bouc émissaire ?

Cette mise au pilori est un discours très médiatisé et très minoritaire, importé, une fois de plus, des États-Unis, qui s'appuie sur deux choses. Une sorte de ressentiment néocolonial de la part de populations qui vivent en France et qui sont abreuvées de haine pour notre pays, tenu pour responsable de tous leurs malheurs. Mais aussi et surtout sur le fait que l'homme blanc se porte volontaire pour être accusé de tous les maux de la terre. Il endosse non seulement ses propres crimes, mais aussi ceux des autres. Une partie des élites blanches est prête à s'offrir en autoflagellation aux coups de ses ennemis.

Nous ne sommes plus les maîtres du monde, l'Europe n'est plus qu'une province du bout de l'Asie, mais il nous reste l'ultime fierté d'incarner le summum de l'infamie. Et nous sommes les seuls, nous nous voulons les propriétaires universels et exclusifs de la barbarie. C'est une façon, en quelque sorte, de rester supérieurs aux autres, par une forme d'orgueil inversé.

Pour certains, l'existence du bouc émissaire occidental est une béquille dont on ne peut se passer, pourquoi ?

Le Blanc est, dans le discours néo féministe, antiraciste ou indigéniste, une cible nécessaire pour maintenir la cohésion des autres minorités. On le voit bien dans certaines banlieues où il n'y a aucune harmonie entre les communautés : les Tchétchènes s'opposent aux Maghrébins, les Maghrébins aux gitans, les Noirs aux Chinois… La seule chose qui fédère toutes ces communautés est l'idée que le Blanc est responsable de tout. Comme l'ont analysé Freud puis Girard, le bouc émissaire est le moyen d'expulser le mal d'une communauté, en le reportant sur un tiers qui doit rester à l'extérieur…

Après “il est interdit d'interdire”, une passion de l'interdit semble se développer. Comment en est-on arrivé là ?

Je pense que beaucoup de femmes ont eu le sentiment que la libération sexuelle s'était faite à leur détriment et qu'elles avaient été les principales victimes d'un tabou qui a été levé au profit des seuls hommes, les seuls prédateurs. Tout n'est pas faux dans ce raisonnement, à condition devoir que le jeu amoureux ne comporte pas une assurance tous risques et que les blessures du cœur ne peuvent être imputées au seul patriarcat. Depuis quarante ans, nous vivons un empilement de libérations extrêmes suivies de verrouillages extrêmes. La rhétorique, aujourd'hui, est toujours celle de l'émancipation, mais les moyens sont pourtant ceux du cadenas sage. Comme le disait Philippe Muray, après « l'envie de pénis » de Freud, c'est « l'envie de pénal ».

On a l'impression que certaines militantes se servent du droit et des médias pour frapper directement les hommes qu'elles accusent et les bannir de l'espace social. On veut que les hommes accusés de viol ou d'agression sexuelle soient complètement effacés de l'état civil, qu'ils n'existent plus. Et certaines réputations se retrouvent alors détruites. Philippe Caubère, Luc Besson ou encore Ibrahim Maalouf ont ainsi été désignés à la vindicte et mis au ban de la société sans qu'une preuve ait été établie de leur culpabilité. Récemment, un chef cuisinier japonais [Taku Sekine, NDLR], faussement accusé de harcèlement, s'est donné la mort. Les balances ont gagné. Le droit infuse ainsi partout, mais sans la justice. On s'en sert pour se venger et pour se faire justice soi-même. C'est le rétablissement d'une certaine forme de lynchage.

Trois ans après son lancement, que retenir du mouvement #Me Too ?

Si on doit faire un bilan, il y a évidemment du positif : la parole s'est libérée - mais peut-être se serait-elle libérée sans #Me Too - et de véritables prédateurs ont été arrêtés qui étaient déjà dans le collimateur de la justice, Jeffrey Epstein et Harvey Weinstein. Mais il s'agit avant tout d'un phénomène hollywoodien, le show-business qui déballe son linge sale en public. Comme cela se passe aux États-Unis, cela a un retentissement mondial. Beaucoup de féministes, notamment en Amérique du Sud, sont plus réticentes et considèrent qu'il s'agit du “moi” narcissique anglo-saxon et non du “nous” de toutes les femmes. Beaucoup commencent à s'insurger contre #Me Too en dénonçant ses effets néfastes, notamment le mécanisme de la délation publique et l'intrusion d'un regard public dans nos amours.

Ce qui est sûr, c'est que le mouvement est aussi un mouvement de promotion des actrices qui a engendré une redistribution du pouvoir au sein du show-biz : en 2019, beaucoup plus de rôles sont allés à des femmes. Et avec les nouveaux statuts des Oscars, tous les films vont devoir respecter des quotas de minorités. Le cinéma se transforme en élection à la proportionnelle ! De plus en plus, l'art n'est plus lié au talent ou à l'innovation, mais à sa dimension éthique, sociale. Un exemple récent : un de mes amis m'a indiqué que dans le Minnesota, la musique classique était accusée d'être raciste car fondée sur des règles édictées par la raison blanche et qu'il fallait donc privilégier le rap ou le hip-hop.

À propos de manichéisme, que vous inspirent les propos d'Alice Coffin, « les hommes, je ne regarde plus leurs films, je n'écoute plus leur musique », ou encore ceux de Pauline Harmange, « moi, les hommes je les déteste » ?

J'ai de la peine pour elles, cela révèle beaucoup de misère intérieure. Imaginez l'inverse, qu'un homme s'exprime de la même façon sur les femmes ! Au moins ont-elles le mérite de dire tout haut ce que beaucoup de féministes pensent tout bas : abattre le patriarcat, pour elles, veut dire en réalité se débarrasser des hommes. Qu'une femme puisse désirer un homme est à leurs yeux une aberration. Et toutes celles qui aiment encore les hommes sont à leurs yeux des « collabos », des « salopes » ou des « putes » pour reprendre le délicat vocabulaire de Virginie Despentes, qui semble compenser son statut de notable des lettres par un surcroît de vulgarité. On a l'impression qu'un tabou a cédé : on peut désormais dire ouvertement sur toutes les grandes chaînes de télévision qu'il faut « éliminer » les hommes et toute une certaine presse de gauche s'extasie devant ces ignominies. C'est quand même un pas en avant terrible.

Une petite minorité de féministes veut prendre le pouvoir sur les femmes et très peu osent exprimer ouvertement leur […]   valeursactuelles.com LIRE L'ARTICLE COMPLET



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