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jeudi 19 novembre 2020

Confinement : bourgeois planqués dans vos résidences secondaires, halte aux pleurs !

Le confinement n’est pas à jeter. Au contraire. Il aura permis de faire une sociologie de la population française en tant de crise majeure : ceux qui ont le luxe de partir et ceux qui sont condamnés à rester. Les uns ailleurs, les autres ici…

Confinement : bourgeois planqués dans vos résidences secondaires, halte aux pleurs !

Par : Edouard Roux | valeursactuelles.com

Troisième semaine de confinement et quel bilan ? Des milliers d’emplois à la poubelle, une infantilisation quotidienne de la part du gouvernement, la mort assurée des petits commerces (ainsi que leurs gérants). La COVID-19 aura certes touché, contaminé et fait de nombreuses victimes, mais elle nous aura surtout ôté le goût. De la vie. De la liberté. De tous ces instants qui font que l’on est heureux de vivre et de respirer, qui plus est en France.

Or, les Français ne vivent pas cette épidémie de la même façon. Dès le premier confinement, les plus aisés — ou « grands gagnants de la mondialisation » — ont délaissé les grandes villes pour se réfugier dans leur résidence secondaire, à la montagne, au bord de la mer, bref, partout à l’abri de l’humanité. Marie Darrieussecq a par exemple pris le temps d’écrire pour Le Point son Journal d’une confinée, où elle pleure son quotidien au Pays Basque, confie ses turpitudes d’artiste en manque de liberté, tout en n’oubliant pas de rappeler qu’elle est et reste privilégiée. Vous me direz, on n’est jamais mieux servi que par soi-même (Même chose pour Leila Slimani dans Le Monde)…

Marcovaldo, publié en 1963, rappelle étrangement le Paris de novembre 2020

Qu’en est-il du reste des Français qui n’ont pas le luxe de quitter le gris des villes ? Les ouvriers, fonctionnaires, étudiants, pigistes, smicards et consorts ? Pourquoi sont-ils enfermés ?

Les éditorialistes — eux-mêmes parfois expatriés « en région » — expliquent, pleins d’entrain, que les Français se mettent à repeupler les campagnes, qu’ils (re)découvrent le « terroir », les paysages et autres fadaises. Mais, outre le manque de moyens de bon nombre de Français pour détaler en un discours, une question se pose : pourquoi la ville ne séduit-elle plus ?

Une réponse peut se trouver dans Marcovaldo, de l’écrivain italien Italo Calvino, publié en 1963. Dans ce recueil de nouvelles divisé par saisons, l’auteur raconte l’histoire de Marcovaldo, un ouvrier et père de six enfants qui a délaissé sa campagne natale pour venir travailler en ville, en un espoir de trouver un quotidien plus rose. Au fil des pages, le manque de nature et de chaleur humaine, dans cette ville dominée par les grandes surfaces, avec ses bâtiments hautains et sa noirceur d’âme, donne une impression de Paris en automne, un jour de novembre 2020 plus précisément. Marcovaldo passera son temps à chercher un coin de ciel bleu, quelques morceaux de verdure ; tout ce qui peut le rapprocher de la campagne.

L’auteur rend compte de la dureté de la ville, de ces magasins pleins à craquer où « à une heure donnée, comme si on avait abaissé un interrupteur, tout le monde laiss[e] tomber la production et, hop ! se ru[e] vers la consommation ». Il critique également cette « queue interminable [qui] serpent[e] sur tous les trottoirs, sous toutes les arcades des rues et, s’engouffrant à travers les portes vitrées des magasins, se press[e] autour de tous les comptoirs, poussée par les coups de coude dans les côtes de chacun comme par d’incessants coups de piston. » À la différence près que le confinement n’existait pas à l’époque…

Les confinements successifs ne font qu'accroître les inégalités entre Français

La population française (et mondiale) prise au piège dans les villes — beaucoup en chômage partiel et autres galères — est poussée chaque jour à ne faire qu’une tâche : consommer. Les attestations signées et le masque fixé, les consommateurs déambulent sans grande conviction entre les rayons des Carrefour, Monoprix et Lidl, comme une balade nocturne, la lune remplacée par les néons. Une fois qu’ils font leurs emplettes — budget serré en général —, ils sont priés de regagner leurs appartements. Et voilà tout. Rien d’autre. Sauf croiser parfois un policier sur le chemin du retour pour un petit contrôle de routine.

Pour ceux des résidences secondaires, c’est tout autre chose. De par le paysage d’abord, de par le travail ensuite. Car bon nombre d’entre eux continuent à exercer leur métier. Bon nombre n’a pas le souci de savoir si leur commerce va fermer, si le loyer va pouvoir être payé, rentabilisé. Ceci n’est pas un coup de gueule marxiste ni du gauchisme à la petite semaine mais un constat. Une véritable différence de vécu du confinement entre ceux qui peuvent partir et les autres.

Car les confinements successifs ne vont qu’accroitre les inégalités entre les Français ; inégalités déjà fortement ressenties par la population avant que cette crise ne vienne ajouter des litres d’huile sur un pays en flammes. Les Français coincés dans les villes ressemblent à des cobayes que l’on manipule sans cesse pour en faire de bons citoyens, des gens à qui l’on peut faire confiance et qui respecteront à la lettre les consignes du gouvernement. Ceux des maisons secondaires ? Les plages sont trop grandes à l’Ile de Ré, La Baule ou Cannes pour faire régner l’ordre, trop espacées pour contrôler. Sans parler des fêtes clandestines, entassés dans des villas ou des appartements (300 personnes à Joinville-le-Pont)…

Or, on entend sur toutes les ondes — radio, télévision, internet — les Français se plaindre du confinement, expliquer à quel point tout le monde souffre — ce qui est une réalité —, mais surtout de la part de ceux qui ont eu l’opportunité de quitter les grandes villes. Italo Calvino explique magnifiquement que les personnes vivant dans les grandes villes par nécessité (travail, argent, motifs familiaux) sont ceux qui ont droit au laisser-aller, aux rêveries. Puisque leur quotidien est en noir et blanc. Et parce que ce confinement ne fait qu’accentuer les nuances de noir…

Jean Castex a dit vouloir s’orienter vers un « déconfinement progressif ». Très bien, mais pour qui ? Puisqu’une partie des français n’a de confinement que l’idée, le concept […]   LIRE L'ARTICLE COMPLET



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