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jeudi 19 novembre 2020

Yann Lalande, le directeur du “Journal de Saint-Denis” démissionne et dénonce la gauche identitaire

Yann Lalande, qui dirigeait la rédaction de l'hebdomadaire en Seine-Saint-Denis depuis 2017, a annoncé son départ. Après l'attentat contre Samuel Paty, son éditorial sur "l'esprit munichois" avait été refusé par plusieurs collègues.

Le directeur du “Journal de Saint-Denis” démissionne et dénonce la gauche identitaire

Par : Hadrien Mathoux | marianne.net

Yann Lalande, qui dirigeait la rédaction de l'hebdomadaire en Seine-Saint-Denis depuis 2017, a annoncé son départ. Après l'attentat contre Samuel Paty, son éditorial sur "l'esprit munichois" avait été refusé par plusieurs collègues. "Ça fait un bon moment que ça mijotait", nous confie Yann Lalande. Finalement, la marmite a débordé. Arrivé en septembre 2017 pour prendre la tête de la rédaction du Journal de Saint-Denis (JSD), le journaliste trentenaire va quitter son poste début décembre. En cause : l'influence croissante des idées d'une gauche identitaire venant interférer avec le travail journalistique, et un incident autour d'un éditorial après la mort de Samuel Paty.

Le JSD, dont la rédaction compte une dizaine de personnes, est décrit par plusieurs de ses membres comme un « ovni dans la presse locale. » Hebdomadaire d'information consacré à l'actualité de la ville de Saint-Denis, fondé en 1992 et distribué gratuitement à près de 50.000 exemplaires, il n'est pas un journal municipal mais est édité par une association. Son modèle de financement repose aux trois quarts sur les subventions de la ville. D'où un statut hybride, entre « autonomie éditoriale », sans aucune relecture politique, mais dépendance de fait aux ressources de la mairie. Le précédent rédacteur en chef, Dominique Sanchez, avait d'ailleurs quitté son poste pour devenir assistant parlementaire de Stéphane Peu, député communiste local.

L'arrivée de Yann Lalande, en 2017, a marqué un tournant : « Il a apporté plus de diversité, certains sujets tabous comme la propreté ou l'insécurité étaient enfin traités », estime Bill, animatrice du blog Saint-Denis Ma Ville. « Lalande était apprécié, car il était plus journaliste que militant. »

TRAITEMENT MINIMALISTE DE L'ASSASSINAT DE SAMUEL PATY

Cet homme de 38 ans a toutefois décidé de plier bagage après une violente passe d'armes interne, en marge de l'attentat contre Samuel Paty, qui s'est produit le 16 octobre. La semaine qui suit, Lalande est en vacances. À son retour, il s'aperçoit, surpris, que le sujet de l'attentat a été abordé de manière plutôt minimaliste : une simple photographie de drapeaux en berne. Dans la rédaction du JSD, dont les fenêtres donnent directement sur l'immeuble de la rue du Corbillon où s'était réfugié le terroriste Abdelhamid Abaaoud après les attentats de novembre 2015, on n'est visiblement pas très enthousiaste à l'idée de parler du terrorisme islamiste.

Après quelques discussions, il est décidé que le thème sera traité par un éditorial dans le numéro du 28 octobre du JSD. Attaché au pluralisme et à la collégialité, Lalande a pour principe de faire circuler ses éditoriaux auprès de tous les journalistes : « Mon éditorial n'est pas signé et engage la rédaction, justifie-t-il. La plupart du temps, cela ne pose pas de problème et il n'y a que des modifications marginales. »

UN ÉDITO QUI DIVISE LA RÉDACTION

Le texte de Yann Lalande, qui ne sera jamais publié mais que Marianne a pu consulter, est mesuré mais engagé. Intitulé « De l'esprit munichois », il fustige l'islamisme, décrit comme « un projet fascisant. Les tenants d'un islam politique radical ne visent pas à vivre leur vie à part, tranquillement. Ils entendent substituer leurs règles à celles de la République. » Lalande opère la distinction entre le racisme, que le JSD promet de dénoncer, et la critique des religions. Il écrit également : « Dans leur grande majorité les musulmans de Saint-Denis et d'ailleurs pratiquent leur religion dans le respect des lois. Il n'y a donc aucune raison de craindre l'amalgame qui reviendrait à les jeter dans le même sac que leurs coreligionnaires extrémistes radicaux. » L'éditorial se conclut sur la nécessité de défendre les idéaux des Lumières et de la République française, certes « très imparfaite et [qui] doit faire l'objet de critiques. »

En somme, un texte qui se place du côté de la défense des principes républicains, mais restant tout à fait mesuré. Pourtant, cette fois-ci, le texte divise dans la rédaction. La majorité des journalistes le “valident”, d'autres demandent quelques éclaircissements. Deux d'entre eux sont bien plus virulents et prennent à partie Yann Lalande. Le ton monte. On reproche au rédacteur en chef d'accorder trop de place à l'attentat contre Samuel Paty, un simple « fait divers ». De se prêter à des « glissements douteux. » D'entretenir la confusion entre les islamistes et les « musulmans conservateurs. » De ne pas parler de « l'islamophobie », de ne pas mentionner l'esclavage et la colonisation dont la République française s'est rendue coupable. « J'ai l'impression d'entendre un va-t-en-guerre qui au nom de la République appelle à la vengeance », accuse un des opposants à l'éditorial.

« DÉSACCORD DE FOND SUR UN SUJET FONDAMENTAL »

Moment de flottement. Certains se rangent du côté de leur rédacteur en chef, comme Yann Mambert, photographe : « Voir qu'il n'y a aucun consensus qui se dégage sur des bases communes minimales, ça te fait te poser des questions », témoigne-t-il, encore « estomaqué » par la polémique autour d'un édito qu'il approuvait entièrement. D'autres adoptent une position neutre, et tentent de « jouer les casques bleus pour tenter de renouer le dialogue », comme Christopher Dyvrandre, responsable du service des sports. Constatant qu'il n'est pas soutenu par l'ensemble de la rédaction, Lalande renonce finalement à publier son texte. « Mon but était d'aboutir à une réaffirmation collective, témoigne-t-il. Si on n'est pas capables de se rassembler autour d'un socle commun, il faut en tirer les conséquences. ».

Le bilan du raisonnement du journaliste est net : ce jeudi 12 novembre, il publie un nouvel éditorial dans lequel il relate l'épisode… et annonce sa démission du JSD. Évoquant « un désaccord de fond sur un sujet fondamental », Lalande décrit des divergences irréconciliables et durables, une « différence profonde de perception de la société française (...) [s'étant] déjà fait jour à plusieurs reprises au sein de la rédaction du JSD. »

Le futur ex-rédacteur en chef de l'hebdomadaire s'attaque, plus précisément, à l'idéologie défendue par certains de ses collègues : « Le paradoxe de l’époque fait qu’au JSD sur certains sujets, la censure ne vient pas de l’extérieur mais de l’intérieur. Elle est le fait de cette gauche qui passe son temps à dire ce qu'il ne faut pas faire, ou ce qu'il ne faut pas dire plutôt qu’agir. Cette gauche et sa collection de “cheveux à couper en quatre”, minée par son individualisme forcené. Cette gauche qui vole de chapelle identitaire en chapelle victimaire, sans pouvoir ne plus rien assumer d'autre discours collectif que le “nous sommes tous différents”. Cette gauche enfin qui essentialise chacun et […]   LIRE L'ARTICLE COMPLET



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