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lundi 10 mai 2021

Ecologie : Les associations de protection de la nature ne peuvent pas être favorables aux éoliennes

Le dogmatisme idéologique ne saurait être plus important que la véritable défense de l’environnement. Il est temps de mettre certaines organisations devant leurs contradictions.

Les associations de protection de la nature ne peuvent pas être favorables aux éoliennes

Par : Bertrand Alliot / V.A.

Toute implantation d’infrastructure a un impact sur l’environnement et particulièrement sur les paysages et la biodiversité. Sous peine de revenir à la lampe à pétrole, il faut bien accepter certaines « dégradations » de notre environnement… Ce qui est « cocasse » aujourd’hui, c’est que les dégradations des milieux naturels sont nécessaires pour mettre en œuvre des politiques écologiques. Pour produire de l’électricité renouvelable, il faut, par exemple, édifier des barrages électriques et noyer des vallées entières. Pour développer les transports de marchandises sur bateaux et diminuer ainsi les rejets de gaz à effet de serre, il faut construire des canaux et souvent transformer des portions de rivières sauvages en des chéneaux sans vie. C’est ainsi qu’au nom de l’écologie, des groupes de protestation se forment pour combattre des projets conduits au nom de l’écologie ! Certains relèvent ensuite avec ironie que pour être en paix avec l’écologie, le mieux est encore de ne rien faire du tout !

Heureusement, de nombreuses associations de protection de la nature sont plus conciliantes car elles sont conscientes que les « infrastructures » rendent à la société d’excellents services. Elles savent par exemple que les lignes électriques tuent chaque année des milliers d’oiseaux, mais ne demandent pas pour autant leur démantèlement. Elles ne réclament pas non plus l’enfouissement des lignes à grande échelle car elles savent que le coût serait insupportable pour la société… Au fait des enjeux économiques, elles recherchent plutôt le compromis : la mise en place de systèmes anticollision par exemple qui, pour un coût raisonnable, peut réduire les impacts.

C’est sans doute dans cet esprit qu’elles ne sont pas vent debout contre les éoliennes qui font pourtant d’importants dégâts sur la faune. Chaque année, les milliers d’oiseaux et de chauves-souris sont tués par les immenses pales des éoliennes. Mais celles-ci, en plus de produire de l’électricité utilisée par tout un chacun, ne sont-elles pas aussi une solution dans la lutte contre le changement climatique ? À propos des éoliennes, les associations sont d’autant plus ouvertes au compromis qu’en plus de l’enjeu économique qu’elles ont appris à intégrer, elles y décèlent un enjeu écologique contre lequel elles ne se voient pas s’élever.

En réagissant de la sorte, les associations font une bien mauvaise analyse. L’énergie éolienne fait partie de ces énergies renouvelables sur lesquels les pays d’Europe ont parié pour « décarboner » leur économie et plus particulièrement leur production d’électricité. En France, cette dernière étant essentiellement d’origine nucléaire et hydraulique, elle émet très peu de gaz carbonique et c’est une des raisons qui fait de la France un des meilleurs élèves au niveau international. Augmenter le nombre d’éoliennes ne changera pas les performances françaises…

Les éoliennes vont-elles pouvoir remplacer les centrales nucléaires qui présentent un certain danger (en fait très mesuré), ou les centrales à gaz ou charbon restantes ? Que nenni… Les éoliennes, comme les panneaux solaires, sont des sources d’énergie intermittente… Elles produisent de l’électricité lorsque souffle le vent. Les infrastructures éoliennes doivent donc être doublées par des infrastructures « pilotables » (nucléaire, charbon, gaz…) qui prendront le relai lors des périodes sans vent. Les tueuses d’oiseaux et de chauve-souris ne se substituent pas aux infrastructures existantes, elles se rajoutent… Ceci est parfaitement vérifiable chez notre voisin allemand qui a développé l’éolien et le solaire de manière spectaculaire sans baisser ses capacités de productions « pilotables ». On voit que le coût écologique est très important en termes d’« infrastructure », donc en termes d’utilisation de matières premières et d’énergie. Ce coût est encore alourdi lorsqu’on considère la durée de vie d’une éolienne (20 ans) bien plus courte que celle des centrales pilotables (60 à 80 ans).

Les associations voudraient que cette longue liste d’inconvénients s’arrête, mais il n’en est rien. Le développement de l’éolien nécessite d’installer de nouvelles infrastructures pour raccorder au réseau existant toutes les nouvelles zones de production qui, par la force des choses, sont éparpillées aux quatre coins du territoire… Infrastructures indispensables quand le vent ne souffle pas, mais aussi quand celui-ci souffle trop ! Lorsque la production d’électricité éolienne se renforce, les périodes de surplus d’énergie se multiplient et poussent les pouvoirs publics à construire encore pour permettre ou faciliter le stockage de l’énergie ! Là aussi, l’exemple de l’Allemagne est éloquent : elle met en place pour un prix exorbitant une filière hydrogène entièrement basée sur la récupération d’électricité renouvelable en surplus…

A ce coût écologique important, il faut ajouter le coût économique. Selon la cour des comptes, les pouvoirs publics français ont déjà dépensé la somme faramineuse de 121 milliards d’euros et s’apprêtent à remettre au pot pour construire des fermes éoliennes en plein océan ! Les extraordinaires oiseaux des mers, virtuoses des airs ne craignant ni le vent, ni les vagues ni les embruns, sauront-ils éviter les pales d’éoliennes ?

Il faudrait interroger à ce sujet les associations de protection de la nature et, dans la continuité (car la réponse ne fait aucun doute) leur demander de revoir leur position. La Ligue pour la Protection des Oiseaux (LPO) se dit « défavorable au développement d’énergies renouvelables générant des impacts négatifs importants pour la biodiversité », mais « s’autorise un jugement au cas par cas ». Elle précise être « défavorable aux projets éoliens en ZPS et ZSC « chauves-souris » ainsi que dans les espaces vitaux et les voies de déplacement des espèces patrimoniales ». Le langage est sibyllin et technocratique. Là où on attend de la clarté et de l’intransigeance on ne voit que du flou et poindre l’option des « petits arrangements ».

Lorsque les circonstances l’exigent, les associations ne doivent plus jouer aux « ONG » à la fois exigeantes et mesurées, qualités si utiles pour manœuvrer dans les sphères du pouvoir. Elles doivent redevenir « bêtes et méchantes », remiser le langage châtié pour ressortir les gros mots. Bazooka et grosse Bertha sont les deux mamelles du combat. Le développement de l’éolien est une des politiques les plus absurdes menées aujourd’hui par la France. Elle ne répond ni aux enjeux économiques, ni aux enjeux écologiques. Qu’un pinson ou une pipistrelle périsse, soit, mais pas au nom de l’absurde.

Bertrand Alliot, essayiste, ancien membre du Conseil d’Administration de la Ligue pour la Protection des Oiseaux et contributeur d’Action Ecologie […]   LIRE L'ARTICLE COMPLET



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