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samedi 29 mai 2021

Pauvre France, qu’as-tu fait de ton panache ?

La modernité et le confort qui l’accompagne, la destruction du sentiment identitaire au nom de la mondialisation banalisée, et la perte du sens de la transcendance par la remise en cause de notre héritage spirituel ont directement contribué à la disparition du panache, déplore le général Jean-Yves Lauzier, ancien commandant des écoles de l’armée de terre. Tribune.

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Par : Jean-Yves Lauzier / V.A. | titre revu par: docjeanno.fr

Ces derniers mois, en lien avec la pandémie de Covid-19, de nombreux sondages semblent indiquer que les Français sont prêts à sacrifier de plus en plus de liberté au nom de la sécurité sanitaire. Le dernier en date indique que même après « le déconfinement » les deux tiers des Français seraient favorables à l’obligation du port du masque en extérieur. Plus intéressant encore sur leur manque d’appétence pour le risque, plus d’un Français sur deux souhaiterait conserver le port du masque, y compris pour les vaccinés. De même, plus de la moitié des Français accepterait l’obligation d’une vaccination contre le Covid, notamment au sein de l’entreprise ou pour le personnel médical. Enfin, 60% des Français ne seraient pas opposés à la mise en place d’un passeport vaccinal obligatoire. Certes, les sondages ne sont pas d’une exactitude absolue, loin s’en faut, et on sait bien qu’on peut obtenir la réponse attendue selon la formulation de la question.

Toutefois, ces enquêtes d’opinion me semblent significatives d’une certaine pusillanimité et de la lassitude qui prévalent désormais en France. Elles montrent surtout qu’après plus d’un an de restrictions de liberté sans précédent en temps de paix et d’inquiétude collective entretenue jour après jour depuis le printemps 2020, la majorité des Français a renoncé à son goût héréditaire pour la liberté individuelle et son corollaire qu’est le panache.

Au pays de Cyrano, d’Artagnan et Pardaillan, mais aussi de Gavroche, Guynemer, Nimier ou Roger Vaillant, le goût pour la liberté s’est toujours nourri du panache. Et la réciproque est tout aussi vraie. Quand la liberté faiblit, le panache disparaît et lorsqu’il s’effiloche, celle-là dépérit. C’était vrai hier, quand la truculence de Danton, parfois cruelle et grossière, était étouffée par le cynisme liberticide de Robespierre ; c’est vrai aujourd’hui quand des centaines de Sganarelle ou Knock, jamais d’accord entre eux mais toujours prêts à asséner doctement le contraire de la veille, souhaiteraient au nom de la prophylaxie isoler chacun, y compris au sein de sa propre famille.

Mais qu’est-ce que le panache me direz-vous ? Pour la circonstance, seul l’auteur de Cyrano semble à même de donner la meilleure définition. Lorsqu’il fut élu à l’Académie Française en 1901, se sachant attendu sur ce terrain, Edmond Rostand le définit merveilleusement lors de son discours de réception. « Le panache, s’écria-t-il, c’est l’esprit de la bravoure. C’est la suprême politesse, un délicat refus de se prendre au tragique ; le panache est alors la pudeur de l’héroïsme ». Et l’on voit bien à quel point notre époque s’éloigne de ces considérations héroïques, influencée par tous ces spécialistes, relayés par les politiques et souvent par les médias télévisuels, expliquant avec gravité combien il vaudrait mieux ne prendre aucun risque, considérant seulement le tragique de l’existence et du danger sanitaire.

A l’heure où l’endormissement des peuples semble la règle, le sursaut viendra peut-être de ceux qui veulent encore conserver cette grâce qu’est le panache.

En vérité, cet effacement du panache n’a pas commencé avec le Covid. Ce dernier, comme pour beaucoup d’autres domaines, n’a été que le révélateur de sa désagrégation. La modernité et le confort qui l’accompagne, la destruction du sentiment identitaire au nom de la mondialisation banalisée, et la perte du sens de la transcendance par la remise en cause de notre héritage spirituel ont directement contribué à la disparition du panache. L’esprit français s’en est alors trouvé affaibli car le panache est une invention française.

Lorsque je commandais les écoles de l’armée de terre, j’insistais auprès des futurs officiers ou sous-officiers sur la nécessité pour tout chef militaire de cultiver le panache. A tel point, que quelques années plus tard, un officier saoudien, marqué par ce discours, m’expliqua qu’il s’était attelé à inventer dans sa langue maternelle la traduction de ce mot si français. Le panache s’est forgé dans la geste glorieuse de nos aïeux et fut porté dans la littérature par les personnages de Corneille ou de Dumas. Il n’est pas étonnant que ceux qui veulent déconstruire l’histoire de notre pays s’empressent à vouloir débarrasser notre peuple de cette vertu « un peu frivole peut-être, un peu théâtrale sans doute » comme le dit Rostand, mais consubstantielle au génie français. Au-delà, le panache accompagne la liberté, car celle-ci respire mieux en sa compagnie.

A l’heure où l’endormissement des peuples semble la règle, le sursaut viendra peut-être de ceux qui veulent encore conserver cette grâce qu’est le panache. Certains moments des manifestations des Gilets jaunes, malgré des débordements condamnables, étaient parfois empreints de panache ; des tribunes remettant en cause l’air du temps et dénonçant les dangers délétères que court notre société n’en manquent parfois pas ; lors d’épreuves sportives, individuelles ou collectives, on voit des sportifs qui en font preuve ; l’affection des Français pour un sublime perdant plutôt que pour un triste vainqueur constitue aussi un motif d’espérance. A moins que ce ne soient les derniers soubresauts d’une vertu qui se meurt inexorablement dans la modernité.

Pourtant le réveil est toujours possible. Il suffit pour cela que chacun, là où il est, décide de faire preuve d’un peu de panache. A commencer par les responsables politiques qui devront s’affranchir de l’influence de leurs conseillers en tout genre, imprimant leur marque plutôt que de satisfaire à l’air du temps. C’est-à-dire l’exact contraire de la dernière intervention du Président Macron avec les Youtubeurs McFly et Carlito. Cela évitera d’abord la dévalorisation d’une fonction dont il n’est que le simple dépositaire momentané. Et ce faisant, de redonner peut-être de l’élégance à la fonction politique, première étape vers le respect qu’on doit à ceux que vous représentez. L’étape suivante sera de remettre la décision politique au cœur du processus de gouvernement, en restant fidèle à ce qui nous a été transmis et que nous voulons aussi laisser en héritage aux générations futures. Pour cela, il nous faut assumer pleinement notre histoire et notre identité, en les vivifiant non pas au gré des modes et des idéologies, mais en retrouvant ce que nous sommes pour savoir ce que nous voulons être.

C’est alors seulement que la France retrouvera peut-être ce goût du panache, source essentielle de liberté. Mais, si comme le dit Rostand, « le panache n’est qu’une grâce et que cette grâce est si difficile à conserver », il faut aussi rompre avec la tyrannie de la précaution à outrance pour accepter pleinement et simplement le risque de l’existence. Notre liberté est à ce prix.

  SOURCE : valeursactuelles.com


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