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mardi 15 juin 2021

Black Lives Matter s'invite à l'Euro... et chez les Bleus

Le capitaine de l'équipe de France Hugo Lloris a annoncé que les bleus mettraient un genou à terre, ce mardi, avant la rencontre de l'Euro 2021 contre l'Allemagne. Les Bleus imiteront ainsi les Belges et les Anglais, en soutien au mouvement « Black Lives Matter ». Des manifestations qui soulignent une politisation plus forte des joueurs de foot.

Image/photo

Par : Axel Perru / marianne.net

Les Bleus poseront un genou à terre, mardi 15 juin, avant le match de l’Euro face à l'Allemagne, comme l'a confirmé le capitaine de l'équipe de France Hugo Lloris en conférence de presse : « Apparemment, c'est prévu ». Il ne semble pas être à l'origine du mouvement, mais il reproduira donc cette position destinée à dénoncer le racisme, dans la lignée du mouvement « Black Lives Matter » (BLM). C’est l’une des premières fois qu’elle est revendiquée en sélection nationale dans une compétition officielle. Alors qu’elle est devenue monnaie courante dans le championnat anglais ou dans certains matchs de Ligue des Champions, après la polémique lors du match PSG-Basaksehir en décembre 2020, seules les sélections françaises, anglaises et belges ont apporté leur soutien au mouvement.

« Il y a toujours eu des engagements politiques dans le sport, mais il n’y a pas eu d’événement similaire dans le football », acquiesce Luc Robène, historien du sport. Si certains mouvements politiques ont marqué le sport au niveau national, comme le « Black Power » des Jeux Olympiques de Mexico en 1968, les revendications s’expriment surtout au sein des clubs.

CULTURE ANGLO-SAXONNE

La démonstration des Belges face à la Russie ou des Anglais contre la Croatie revêt alors une tout autre importance. Le footballeur ne défend pas uniquement ses propres intérêts ou ceux de son équipe, mais ceux de toute une nation. « Pendant l’Euro, la représentation nationale met beaucoup de pression aux joueurs souligne Estelle E. Brun, chercheuse à l’Iris en sport et géopolitique. Il n’est donc pas étonnant que certains joueurs ne reproduisent pas ce geste au sein de leur sélection ou que certaines équipes s’y refusent. »

Si les footballeurs anglais manifestent leur soutien au mouvement BLM, c’est avant tout parce que la question est prégnante au sein de la société britannique. « En Angleterre, les joueurs sont aussi plus proches de leurs supporters », analyse Patrick Mignon, sociologue du sport. De la même façon, une grande partie de joueurs belges sélectionnés pour l’Euro ont évolué en Premier League et ont donc baigné dans cette culture anglo-saxonne.

Mais le mouvement uni de toute une équipe ne signifie pas pour autant celui de la nation. En attestent les huées des fans anglais lors des matchs de préparation contre l’Autriche et la Roumanie, au moment où les joueurs ont posé le genou à terre. « Chez les supporters, il existe toujours cette idée que le sport doit être séparé de la politique », explique Estelle E. Brun. Une vision soutenue par certains dirigeants comme Boris Johnson, qui n’a pas condamné les huées. Une idée partagée par de nombreux athlètes. Un sondage mené par le Comité international olympique (CIO) auprès de 3457 sportifs des Jeux Olympiques révèle que 67 % d’entre eux s’opposeraient à toute manifestation politique sur le podium.

EN FRANCE, LE MYTHE DE L’APOLITISATION

En France aussi la question politique a longtemps été séparée du sportif. « Pierre de Coubertin avait déclaré le sport apolitique, rappelle Luc Robène. Le XXe siècle lui a prouvé qu’il avait tort. » Cette volonté de dépolitiser le sport a été assumée par la fédération à la sortie de la Seconde Guerre mondiale. « C’est ainsi que les sportifs sont éduqués insiste Patrick Mignon, il n’y a pas de point de vue partisan à faire valoir. »

Mais depuis 2018, les joueurs assument plus de responsabilités. Les « Vive la république, vive la France » lancés après la victoire en Coupe du Monde, la séparation d’Antoine Griezmann et Huawei sur la question des Ouïgours, les messages de Kylian Mbappé concernant les violences policières ou encore de Paul Pogba sur la Palestine… Tant d’exemples qui illustrent ces nouvelles prises de position politiques. « Les joueurs ont pris conscience de leur importance sociale, contrairement à 2010… », observe non sans ironie le sociologue du sport, en référence au fiasco français de la coupe du monde de 2010.

L’annonce d’Hugo Lloris s’inscrit ainsi dans cette montée des enjeux politiques dans les revendications des joueurs de football. Pour autant, cet engagement ne reste-t-il qu'une posture ? Luc Robène s'interroge : « Auront-ils réellement un avenir ? Des actions plus affirmées, comme celles de Lilian Thuram, on sait au moins que ça va durer… » Pas sûr qu’il faille pour autant aller jusqu’au militantisme communautaire de l’ex-bleu pour prouver sa bonne foi

  SOURCE : marianne.net


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