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jeudi 24 juin 2021

[Guillaume Bigot] Opération Barkhane : les vrais premiers de cordée

Alors que le président Macron vient d’annoncer la fin de l’opération Barkhane, notre chroniqueur Guillaume Bigot revient sur la raison de notre intervention militaire au Sahel. Sa principale conclusion : la France reste une grande puissance grâce à son armée.

Image/photo

Par : Guillaume Bigot / V.A.


La réponse est fort simple : la France compte 15 000 ressortissants dans cette région, des entreprises, des mines d’uranium et des accords de défense avec ses anciennes colonies de l’Afrique-occidentale française (AOF). Il était donc impensable qu’un deuxième État islamique s’installe dans une zone qui communique avec les ports de Dakar et d’Abidjan et qui sert de tampon entre le Sahara maghrébin et l’Afrique noire pluvieuse.

Or, à partir des années 2010, la menace djihadiste s’est précisée et rapprochée. Cette menace venait à la fois du nord, avec des djihadistes chassés d’Algérie. Cette menace venait aussi du sud, avec la secte islamiste Boko Haram, à partir du Nigéria. C’est surtout une menace venue de l’est, à partir de 2011, qui a déstabilisé la région, avec une intervention franco-britannique ayant détruit le régime de Kadhafi et Sarkozy ayant fait parachuter des armes s’étant retrouvées aux mains de djihadistes descendus ensuite vers le Sahel.

En 2012, des groupes armés, venus du Sahara, ont fait jonction avec des rebelles touaregs, occupant les deux tiers nord du Mali. En prenant la ville de Konna, ils menaçaient la capitale, Bamako. C’est alors que François Hollande décide d’intervenir, c’est le début de l’opération Serval. En moins de deux ans, nos troupes sauvent le Mali, refoulant les islamistes dans les pays alentours. La région est loin d’être débarrassée des katibas.

À partir de 2014, notre intervention s’est étendue au Niger, au Tchad et au Burkina Faso, on passe de Serval à l’opération Barkhane, avec 5 100 Français appuyés par 18 000 Africains et 300 Européens pour sécuriser un territoire aussi vaste que l’Union européenne. Voilà pourquoi, nous étions au Sahel, à présent, pourquoi allons-nous sinon en partir, du moins y réduire nos forces ?

Barkhane a été un succès tactique avec des milliers de djihadistes mis hors d’état de nuire mais un échec stratégique avec l’impossibilité d’enrayer l’islamisme dans cette région.

Officiellement, c’est le coup d’État au Mali qui justifie notre retrait. En réalité, dans toute la région, des gouvernements contrôlent de moins en moins leur territoire. La plupart des États du Sahel sont fragiles et leurs frontières virtuelles. Depuis toujours, des éleveurs nomades, comme les Touaregs, coexistent difficilement avec des agriculteurs sédentaires noirs qu’ils avaient souvent réduits en esclavage.

Or, ces peuples du désert avaient souvent été enrôlés par la France comme soldats chargés de patrouiller dans le désert. Avec l’indépendance, sauf en Mauritanie et au Tchad, ces peuples ont perdu leur statut et se vivent comme des minorités opprimées. En plus de ces rivalités ancestrales, les gouvernements du Sahel sont corrompus et leurs armées peu motivées. Les islamistes occupent, aujourd’hui, ce vide politique.

Finalement, Barkhane a été un succès tactique avec des milliers de djihadistes mis hors d’état de nuire mais un échec stratégique avec l’impossibilité d’enrayer l’islamisme dans cette région. On peut dès lors se poser quelques questions. Pourquoi sommes-nous restés si longtemps ? Il ne faut jamais devenir une armée d’occupation. Avions-nous des buts de guerre clairement définis ?

Avec Serval, oui, avec l’opération anti-terroriste Barkhane, nous sommes tombés dans le panneau de la guerre américaine en Afghanistan. Avions-nous les moyens de nos ambitions ? Comme le rappelle, fort justement le colonel Goya, au moment où Barkhane montait en puissance, nous combattions en Centrafrique, en Irak et en Afghanistan, sans parler de Sentinelle qui mobilisait 10 000 hommes, le tout en cherchant à réduire nos dépenses militaires.

Tirons deux leçons de ce demi échec. On voit que les islamistes sont toujours enracinés dans des problématiques locales. On voit également que l’Europe n’est pas une puissance et que la France est dotée de l’une des armées les plus aguerrie du monde. Depuis 1945, notre armée est la seule à se battre sur tous les continents. Nos 50 soldats tombés sur les pistes du Sahel sont d’ailleurs morts pour la France. Ce sont eux les premiers de cordée.

  SOURCE : Guillaume Bigot / valeursactuelles.com


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