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mercredi 9 juin 2021

Réforme des retraites : penser le futur (et l’après-Macron)

Le président de la République n’ayant pas eu la colonne vertébrale suffisamment solide pour réaliser une remise à plat du système, la macronie voudrait bien accoucher de quelque chose dans les mois qui viennent afin que son héraut puisse s’en prévaloir au cours de la campagne présidentielle, affirme Jean Messiha, président de l’Institut Apollon. Tribune.

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Par : Jean Messiha / V.A.

La réforme des retraites était un de marqueurs fondamentaux du projet d’Emmanuel Macron. Après des milliers d’heures de travail, des centaines de réunions, des mois de débat, des grèves dures, il n’est strictement rien sorti de cet engagement présidentiel. Bien sûr, il y eut les Gilets jaunes et une forte montée des oppositions à cette réforme. Mais quand on reçoit le mandat du peuple pour mener une politique et que l’on dispose d’une majorité à l’Assemblée nationale, il n’y a pas d’excuses pour ne pas faire ce que l’on a promis. Emmanuel Macron n’a pas eu la colonne vertébrale suffisamment solide pour réaliser cette remise à plat d’un système dont il nous a répété ad nauseam à quel point il était mauvais (illisible, inégalitaire, coûteux, etc). Cela porte un nom : la lâcheté.

Nous savons tous que nous avons à la fois un problème de soutenabilité de nos retraites et d’injustices qui se sont bâties sur des acquis historiques. Depuis des années, on bricole le système afin de le faire tenir quelques années de plus. Et au bout de ces quelques années, on « découvre » que cela n’a pas été suffisant. On rouvre alors la trousse à pharmacie et on rajoute les mêmes emplâtres sur la jambe de bois : allongement de la durée cotisation, report de l’âge minimal, creusement des pénalités pour départ précoce, etc. Ces difficultés de financement de ce qui couronne une vie de labeur ne sont que l’un des symboles de ce mal français que nous connaissons bien.

Un PIB qui n’est pas à un niveau suffisant et ne croît pas assez vite pour satisfaire un Gargantua social insatiable dont les retraites constituent le plat principal, représentant à elles seules en 2019 13,6% des 32% de PIB que nous coûte l’Etat providence. Ratio qui s’est bien évidemment détérioré avec la crise du Covid-19, puisqu’il dépasse désormais les 14%. Chômage de masse, fraude sociale et fiscale, travail détaché, etc., autant de maux qui privent notre système de retraites de ressources importantes. Si le diagnostic quantitatif est assez clair, il l’est tout autant sur le plan qualitatif et se résume en deux mots : illisibilité et complexité. Beaucoup le reconnaissent : les régimes spéciaux sont exorbitants du droit commun et le mécanisme des trimestres handicape les travailleurs intermittents, les carrières hachées, les personnes qui passent du régime salarié au régime indépendant, etc.

Le système à points est indiscutablement le plus simple et le plus juste. Il n’est d’ailleurs absolument pas contesté par les près de 19 millions de travailleurs du secteur privé qui relèvent des régimes ARRCO-AGIRC pour leurs retraites complémentaires. L’immense difficulté de la réforme Macron reposait sur la basculement d’un système à l’autre pour tous ceux qui y sont déjà. Multiplicité des régimes, différences de modes de calcul, sentiment pour la fonction publique qu’une retraite « généreuse » compense une carrière assez mal payée en particulier pour certaines professions (éducation nationale, hôpital, etc.), incertitudes sur la valeur à terme du point et communication gouvernementale foireuse ont plombé la réforme macronienne. Le Covid-19 l’a asphyxiée.

Il faudra bien pourtant remettre sur l’ouvrage ce projet bâclé. La macronie voudrait bien accoucher de quelque chose dans les mois qui viennent afin que son héraut puisse s’en prévaloir au cours de sa campagne et asséner qu’il fut bien un « réformateur ». Nous verrons bien ce qu’elle enfantera. Mais il existe une voie possible et même souhaitable qui repose cette fois-ci sur une approche assez simple. L’application de la « clause du grand-père ». Qu’est-ce à dire ? Que l’on ne touche pas à ce qui existe et que seuls les nouveaux entrants, qu’ils rejoignent le public ou le privé, seront soumis au nouveau système unique et universel basé sur la formule : 1 euro cotisé = 1 point de retraite.

Il doit naturellement inclure des ajustements pour les périodes de maternité afin que les mères ne soient pas pénalisées. La valeur liquidative du point devra être fixée au même niveau pour tout le monde et progresser chaque année entre un minimum légal – le taux d’inflation – et un maximum – le taux moyen de croissance des salaires – en fonction de la situation économico-financière du pays. Avec ce système il n’y aura plus de perte de pouvoir d’achat comme en ont subi tant de retraités qui ont vu leurs pensions sous-indexées pendant des années. Chaque cotisant déjà en activité devra pouvoir, à sa discrétion, basculer du système actuel au nouveau soit pour le reste de sa carrière soit depuis son début. Les droits acquis étant convertis en points.

On pourra objecter qu’il faudra donc plus de 40 ans pour que notre régime de retraite actuel passe effectivement au nouveau système. Oui en théorie mais non en pratique. Oui en théorie si aucune personne déjà en activité ne choisit de migrer vers le mécanisme à points ce qui est assez improbable car en pratique sa lisibilité et sa simplicité attirera les jeunes générations déjà en emploi. Par ailleurs, au fil du temps et moyennant une négociation apaisée, il sera possible de convaincre les Français d’accepter une bascule en bloc. Nous sommes un peuple intelligent qui comprend où se situe son intérêt tant individuel que collectif mais qu’il ne faut pas brusquer et surtout ne pas prendre de haut comme l’a trop fait la macronie. Reste toutefois de nombreuses questions à résoudre.

Aucun des problèmes de financement de nos retraites et plus généralement de notre modèle social ne pourra se résoudre sans un retour à un taux de croissance annuel moyen d’environ 2%.

Comment ne pas léser les nouveaux entrants dans la fonction publique alors que ceux qui y sont déjà bénéficient d’une retraite basée sur les 6 derniers mois de leur salaire hors prime ? Avec le système à points, les primes qu’ils toucheront tout au long de leur vie seront prise en compte dans leur pension future, ce qui n’est pas le cas dans le système actuel. Pour le secteur privé on m’objectera que la prise en compte des « 25 meilleures années » est forcément plus favorable. Pour les salariés modestes qui ont en général une évolution de carrière assez lisse cela ne change rien. C’est plus sensible pour les cadres qui connaissent des croissances de rémunération fortes tout au long de leurs carrières. Et bien s’ils gagnent plus, ils gagneront plus de points. Point qu’ils acquièrent déjà dans le régime complémentaire qui couvre une grande partie de leur pension. Que faire des déficits actuels ? Nous avons en cours une évolution de notre système de retraite dite « réforme Touraine » du nom de la ministre des Affaires sociales de François Hollande qui prévoit un allongement progressif jusqu’à 2032 du nombre d’annuités (43) pour obtenir sa pension à taux plein. Laissons-la vivre sa vie et n’engageons pas une énième modification des règles du jeu que l’on qualifie de « paramétrique» et qui se traduira immanquablement par de vives tensions sociales mauvaises pour notre économie.

Il faut en revanche décrire pour ce qu’elle est l’idée parfaitement délirante d’instaurer la retraite à 60 ans après 40 ans de cotisation. Il s’agit là d’une proposition totalement démagogique et absolument ruineuse. Ses promoteurs vous diront qu’on peut la financer avec la réduction du coût de l’immigration et la lutte contre les fraudes. L’une et l’autre seront déjà utilisées pour financer, d’une part la réduction des prélèvements pesant sur nos entreprises qui pénalisent notre croissance économique, et d’autre part pour équilibrer nos comptes publics qui sont partis en vrille menant notre dette à un niveau totalement déraisonnable.

Toutefois, aucun des problèmes de financement de nos retraites et plus généralement de notre modèle social ne pourra se résoudre sans un retour à un taux de croissance annuel moyen d’environ 2%. En effet, la faiblesse de notre économie et le chômage les plombent implacablement. Il nous faut également une vraie stratégie de maintien dans l’emploi des seniors qui, à partir de 55-60 ans, sont trop souvent mis à l’écart ce qui flingue leur fin de carrière et par voie de conséquence leur capacité à atteindre toutes leurs annuités.

Avec plus de croissance et moins d’immigration nous reviendrons au quasi plein emploi. Et nous savons que dans un marché du travail en tension les salaires en bénéficient y compris dans le secteur public car il faut bien attirer/retenir les gens dans la fonction publique. Du coup, les salariés gagnent plus de points et auront ainsi de meilleures retraites. Cela s’appelle un cercle vertueux. Ce n’est pas une rêverie de fumeurs d’opium. C’est une réalité dans d’autres pays, alors pourquoi pas chez nous ?

En 2022, le camp national devra aborder de façon pragmatique cette question des retraites qui est cruciale pour les générations futures. Ce n’est pas parce que Macron a proposé la retraite à points que c’est forcément idiot et qu’il faut y renoncer. Comme pour beaucoup d’autres domaines, ce président a le talent pour plomber tout ce qu’il touche. En l’espèce, il s’y est mal pris et a braqué les Français en voulant les brusquer. Ce n’est pas une raison pour en ignorer les avantages incontestables.

  SOURCE : valeursactuelles.com


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