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vendredi 18 juin 2021

Un carrosse royal du XIXe siècle au cœur d'une polémique sur le racisme de son décor aux Pays-Bas

Le véhicule doré datant de 1898 est orné d'une peinture avec des Noirs agenouillés devant leurs maîtres. Exposé dans un musée jusqu'en février, il devait ensuite retourner auprès de la famille royale.

Image/photo

Par : Le Figaro et AFP agence


À voir le somptueux carrosse royal en teck recouvert de feuilles d'or, orné de sculptures et de peintures sur ses flancs, difficile d'imaginer quelle peut être l'origine d'une telle polémique. Et puis, en s'approchant de plus près, on découvre une décoration sur son flanc gauche représentant des hommes noirs agenouillés devant leurs maîtres blancs, dont une jeune femme sur un trône représentant les Pays-Bas, à qui ils remettent du cacao et de la canne à sucre. Sur la peinture, appelée «Hommage des colonies», on voit également un jeune homme blanc donner un livre à un garçon noir, une scène dans laquelle le peintre Nicolaas van der Waay a dit en 1896 avoir représenté la «civilisation». Des décorations qui font débat aux Pays-Bas, de nombreux Néerlandais dénonçant le racisme qui transparaît à travers le véhicule.

Le carrosse, datant de 1898, utilisé par la famille royale pour des baptêmes, mariages et autres occasions, est ainsi devenu «un objet de controverse», affirme Margriet Schavemaker, directrice artistique du Musée d'Amsterdam. Les représentations «dépeignant le passé colonial néerlandais mettent mal à l'aise un grand groupe de personnes aux Pays-Bas», a-t-elle expliqué.

En 2015, le roi Willem-Alexander des Pays-Bas et son épouse Maxima s'asseyaient sur la banquette de leur carrosse doré pour la dernière fois avant sa restauration, lors de la cérémonie traditionnelle d'ouverture du Parlement. Six ans plus tard, le carrosse et le monarque étaient brièvement réunis jeudi dans un musée d'Amsterdam, où la somptueuse voiture à chevaux tout juste rénovée trône comme pièce maîtresse d'une exposition sur le passé colonial des Pays-Bas.

«Il doit y avoir une place pour les perspectives divergentes»

Le carrosse devait faire son grand retour pour les cérémonies officielles après avoir fait peau neuve, mais le gouvernement a décidé de marquer le pas à cause de la controverse, et a choisi de l'exposer au musée. Aux Pays-Bas, comme dans d'autres pays européens, le débat récurrent sur le passé colonial et l'esclavage a ressurgi après le mouvement Black Lives Matter aux États-Unis. Le sujet est actuellement abordé dans divers musées, dont le Rijksmuseum d'Amsterdam, qui a récemment ouvert une exposition intitulée Esclavage.

Le carrosse doré est à voir jusqu'au mois de février au Musée d'Amsterdam, «pour que chacun puisse se faire sa propre opinion», a indiqué Margriet Schavemaker à l'AFP. «Il doit y avoir une place pour des perspectives divergentes. Les gens ne seront pas d'accord les uns avec les autres». Cela ne veut pas dire que le musée est «neutre» dans le débat, a-t-elle souligné. Ainsi, en 2019, l'institution avait officiellement abandonné l'utilisation du terme «siècle d'or», période de prospérité néerlandaise grâce au commerce maritime aux XVIe et XVIIe siècles.

Le dernier mot pour le Roi

Le carrosse doré trône derrière une vitrine au centre du musée. Dans des salles attenantes sont affichées des opinions de différentes personnes sur la question et les origines de la voiture, offerte à la fin du XIXe siècle par les habitants d'Amsterdam à la reine Wilhelmina. À l’époque, les opinions étaient déjà partagées sur la question de savoir si la famille royale devrait bénéficier d'un moyen de transport aussi opulent. «Les gens ne savent-ils pas que de tels carrosses, qui correspondaient aux idéologies d'il y a 100 ans et plus, ne conviennent plus à notre époque ?», écrivait un journal militant en 1896.

Le Premier ministre actuel Mark Rutte a défendu la «magnifique» voiture. «Réécrire l'histoire en défigurant le Carrosse Doré, je n'y suis pas favorable», a-t-il déclaré, une citation affichée dans le musée. Mais c'est bien de toute façon au monarque du pays à prendre la décision de laisser ou non le carrosse au garage. Il ne se trouverait pas non plus démuni de véhicule royal, puisqu'il en dispose d'un autre, tout aussi somptueux, appelé le carrosse de verre.

Si le roi avait reconnu l'année dernière à la télévision publique NOS que le carrosse doré faisait «partie du patrimoine culturel néerlandais», il avait ajouté qu'il était important de combattre la discrimination. «Je porte attention au débat, bien que je n'y participe pas», avait-il ajouté. «Une fois que le carrosse aura retrouvé toute sa splendeur, nous déciderons des prochaines étapes à suivre».

  SOURCE : Le Figaro et AFP agence


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