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samedi 10 juillet 2021

La Ligue islamique mondiale veut créer un nouveau forum à Genève

Le secrétaire général de la Ligue, Mohammad Abdulkarim Alissa, espère lancer un Forum pour le dialogue des civilisations à Genève. Il revient aussi sur les changements en cours en Arabie saoudite, et sur la mosquée du Petit-Saconnex – qui n'a toujours pas de repreneur

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Par : Frédéric Koller / letemps.ch

Le secrétaire général de la Ligue islamique mondiale, Mohammad Abdulkarim Alissa, était de passage en Suisse en début de semaine. Cet ancien ministre de la Justice d’Arabie saoudite dirige cette organisation non gouvernementale dont le siège est à La Mecque depuis 2016. Il s’est vu remettre au Palais des Nations un doctorat honoris causa de l’Université pour la paix des Nations unies. Il a rencontré des responsables religieux, des intellectuels, ainsi que le président du Conseil national à Berne, Andreas Aebi, et le ministre genevois Mauro Poggia.

Le Temps: Vous voulez créer à Genève un Forum pour le dialogue des civilisations. De quoi s’agit-il?

Mohammad Abdulkarim Alissa: J’ai évoqué avec Mauro Poggia la création d’un Forum de Genève pour le dialogue des civilisations où seront représentées toutes les religions, toutes les idées, toutes les cultures et toutes les sensibilités politiques. La plupart des conférences sont aujourd’hui exclusives, c’est de l’entre-soi. Prenez l’exemple du radicalisme, du terrorisme, de l’intégration, de la paix, des centaines de rencontres ont été organisées. Pour quel résultat? Notre forum travaillera au renforcement de la coexistence et au dialogue entre les nations et les peuples, en toute transparence et en coordination avec la Confédération. J’en serai membre à titre personnel, mais pas en tant que secrétaire général de la Ligue. Avec Davos, les Nations unies, les rencontres internationales, ce forum délivrera un message à l’humanité entière dont Genève et la Suisse pourront être fiers.

Ce projet a-t-il un lien avec le King Abdullah bin Abdulaziz International Centre for Interreligious and Intercultural Dialogue (Kaiciid) dont les activités à Vienne ont été interdites? Il était question que cette institution se déplace à Genève?

Aucun. Le Kaiciid est un centre formidable, mais notre forum est d’une autre nature. Il n’a aucune portée politique. Il n’acceptera que des financements d’entités indépendantes. Notre message est différent de celui du roi Abdallah.

L’an dernier, vous vouliez céder la mosquée du Petit-Saconnex. Est-ce fait?

La Ligue islamique mondiale apporte un simple soutien logistique et administratif à cette institution. Depuis mon arrivée à la tête de la Ligue, ma volonté est que chaque Etat soit autonome, je suis opposé à toute tutelle. La mosquée et l’école doivent être dirigées par une institution suisse. Nous espérons que le gouvernement suisse nous aide dans cette transition.

A ce jour, c’est donc toujours la Fondation culturelle islamique, en mains de la Ligue, qui finance et nomme les imams du Petit-Saconnex?

Depuis sa création, la fondation dispose de biens immobiliers. C’est l’usufruit de ces biens qui couvre le budget fonctionnel de la mosquée et de l’école, et non l’inverse. Si la fondation se retire, le nouveau candidat aura la charge de ce financement. Cette mosquée et l’école ont une importance capitale pour Genève. Nous craignons toutefois que les éventuels repreneurs aient un agenda politique ou idéologique. Nous avons une responsabilité à trouver le bon repreneur. Si les autorités suisses nous proposent une entité, quelle qu’elle soit, nous remettrons sur-le-champ la mosquée et l’école.

Y a-t-il eu des candidats?

Bien sûr. Avec insistance. Mais tous représentaient un islam politique. On s’y attendait.

Que voulez-vous dire par islam politique?

Nous parlons de tous ceux qui instrumentalisent l’islam à des fins politiques ou qui ont des allégeances à des Etats étrangers. C’est un problème, nous y sommes réticents.

Mais les autorités genevoises, du fait de la laïcité, ne peuvent pas se mêler d’une institution religieuse.

Si cela relève de la sécurité nationale, je crois que le gouvernement peut intervenir. Il possède les informations nécessaires sur les prétendants. Il peut les partager avec nous, oralement s’il ne peut le faire par écrit. Je serais rassuré. S’il devait y avoir un problème, je pourrais me défendre en expliquant avoir demandé un avis des autorités.

Sachant que des personnes «fichées S» en France sont passées par votre mosquée, comment assurez-vous son contrôle aujourd’hui?

Je ne suis pas responsable du passé. Depuis mon arrivée à la tête de la Ligue, les critères sont très élevés, il n’y a aucun point négatif à signaler. Malgré ce bilan positif, nous ne voulons plus rester les propriétaires. Il suffit qu’une personne radicalisée vienne prier une fois dans la mosquée et qu’elle commette un crime pour qu’on l’accuse d’avoir donné des instructions. La Ligue interdit l’exportation des fatwas et des imams. La formation des imams doit se faire dans les Etats concernés.

Cette volonté de se défaire de la mosquée est-elle aussi le résultat d’un problème d’image associée à l’Arabie saoudite et de sa pratique de l’islam?

La Ligue est une organisation internationale non gouvernementale qui n’a aucun lien avec l’Arabie saoudite. Pour ce qui est du Royaume, il appelle à un retour à l’islam authentique, tolérant, pacifique. En tant que citoyen saoudien, j’affirme que mon pays est ouvert à tous, qu’il rejette toute forme de radicalisme. Il y a près de quarante ans, la jeunesse saoudienne a été influencée par certaines idées, comme celles des Frères musulmans. Mais depuis six ans, le Royaume a réussi à redresser la situation, les manuels scolaires ont été réajustés, les prêches du vendredi sont beaucoup plus modérés, ce qui représente une grande victoire contre l’extrémisme. C’est un modèle d’inspiration pour pouvoir arriver à changer les choses ailleurs.

En quoi ces manuels scolaires ont-ils changé?

Ils sont beaucoup plus ouverts et tolérants. L’influence des Frères musulmans, la haine, c’est du passé. On appelle à présent au dialogue, à la coexistence, au respect de la diversité et au droit d’existence des autres religions. On a corrigé les concepts erronés. On revient à l’enseignement de l’islam authentique. L’islam politique ou idéologique, c’est terminé.

Le salafisme diffusé par l’Arabie saoudite est perçu en Europe comme une source d’inspiration du radicalisme islamique. Vous réfutez?

Visitez l’Arabie saoudite, écoutez les prêches de ses mosquées, lisez ses manuels scolaires et ensuite vous jugerez. La Ligue a identifié 11 instances de l’islam, chacune étant différente et opposée dans leur doctrine. Toutes se réclament du salafisme. Certaines vont jusqu’à excommunier les autres. Le salafisme signifie simplement ceci: revenir aux sources. On ne cherche pas la nouveauté. C’est comme l’orthodoxie dans la chrétienté.

Il y a un débat en Suisse sur le rapatriement des djihadistes partis en Syrie ou en Irak. Comment les déradicaliser?

Il faut un retour graduel, avec un premier groupe de rapatriés que l’on interroge sur les sources de leur radicalisation, de leur djihad. La réponse viendra de ces jeunes; 90% d’entre eux vous diront qu’ils ont été influencés par les réseaux sociaux. Si vous n’êtes pas certain de parvenir à les déradicaliser, il ne faut pas les rapatrier. Leur ferveur religieuse a été attisée par des scènes, des films, des extraits, des vidéos avec une personne qui les a convaincus de se retrouver quelque part en Syrie. Au prêche du vendredi, il y a peut-être 200 fidèles. Mais un prêche radical sur YouTube peut être suivi par 5 millions d’auditeurs. Que peut-on faire contre cette mosquée virtuelle? L’Arabie saoudite a un programme commun avec les Etats-Unis pour lutter contre le financement et les réseaux sociaux du terrorisme. Daech est partout à travers ses réseaux sociaux, nul besoin de mosquée. Il faut d’abord protéger les enfants de ces influences. Daech n’a pas encore disparu, les racines de sa pensée sont toujours là. L’Arabie est le partenaire le plus puissant dans la lutte militaire et idéologique contre le terrorisme; à ce titre, elle dispose de divers centres idéologiques qui ont pour fonction d’attaquer le radicalisme à ses racines.

La Ligue islamique mondiale soutient-elle la politique des autorités chinoises au Xinjiang où des centaines de milliers d’Ouïgours ont été enfermés pour être rééduqués?

Nous n’avons pas pu accéder à des informations précises. Des musulmans chinois soutiennent la version officielle et d’autres avis contredisent cette version. Il faut qu’on arrive à savoir la vérité. Nous sommes contre toute forme de violence, qu’elle vienne des minorités ou de la part d’un gouvernement contre des minorités confessionnelles.

La Suisse a interdit les minarets, interdit le voile, et certains songent à présent à interdire l’islam politique. Qu’en pensez-vous?

Chaque Etat est souverain. Nous appelons au respect des spécificités religieuses, de toutes les religions, mais tout le monde est tenu de respecter la loi. Celui qui s’y oppose ne doit pas recourir à la violence, ni à la haine. Un bon citoyen doit respecter la volonté du peuple ainsi que les lois du pays dans lequel il vit et s’il n’en est pas capable, alors il se doit de quitter ce pays. D’un autre côté, nous appelons au respect des spécificités religieuses, si elles ne sont pas octroyées, alors il toujours possible d’utiliser la voie juridique pour les obtenir. En revanche, nous soutenons totalement la volonté d’interdire l’islam politique car il ne représente en aucun cas la réalité de l’islam et n’est animé que par des objectifs politiques.

Quelle faute a justifié l’élimination de Jamal Khashoggi et les responsables de son élimination ont-ils été dûment jugés selon vous?

La réponse est très simple: il faut lire le verdict du procureur général de l’Arabie saoudite sur son site internet. Il a répondu à toutes les questions. Je n’ai rien à ajouter.



  SOURCE : letemps.ch


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